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Recettes bretonnes · · 10 min de lecture

Rillettes de porc maison : la méthode longue, le bon ratio et la mise en bocaux

Rillettes de porc maison : longue cuisson confit, ratio viande/graisse précis et mise en bocaux. Protocole testé à la ferme depuis plusieurs hivers.

Rillettes de porc maison dans un pot en grès sur la table de la ferme, avec du pain de campagne

Le premier automne où on a eu accès à un cochon entier (un voisin élevait deux porcs, et cette année-là il nous en a proposé la moitié), j’ai réalisé que je n’avais aucune idée de comment faire des rillettes. Pas les vraies. Pas celles qui se gardent.

J’avais regardé des recettes en ligne. Toutes indiquaient “cuire 2 à 3 heures”. Ça m’avait semblé raisonnable. J’avais fait ça. Les rillettes étaient correctes mais un peu sèches, la texture granuleuse plutôt que fondante. Elles ont été mangées dans la semaine parce qu’elles ne se conservaient pas vraiment sous leur peu de graisse.

L’année suivante, j’ai demandé à Jean-Marie, notre voisin de 70 ans qui ne jette rien d’un cochon depuis quarante ans. Sa réponse : “Six heures minimum. Et tu ne touches pas pendant les quatre premières.” Ça, c’était la vraie information.

Pourquoi la durée de cuisson change tout

Les rillettes, c’est une cuisson confit : la viande cuit lentement dans sa propre graisse, à température très basse, jusqu’à ce que les fibres musculaires se défassent complètement. Ce n’est pas une braise, pas un braisé. La graisse ne frit pas la viande, elle l’immerge et l’enveloppe pendant des heures.

À feu vif ou même moyen, deux choses se passent qui abîment le résultat : l’eau de la viande s’évapore trop vite (la viande sèche avant de confir), et la graisse peut atteindre des températures qui dénaturent les protéines au lieu de les attendrir. On obtient quelque chose de cuit, mais pas de fondant.

À feu très doux (frémissement à peine visible, 90-100°C maximum), la graisse fond progressivement, la viande s’y immerge, et les collagènes se transforment en gélatine sur plusieurs heures. C’est cette gélatine qui donne aux rillettes leur texture liante et leur capacité à se tenir en pot une fois refroidies.

Ce même principe s’applique à d’autres cuissons longues du répertoire paysan : la daube, le confit de canard, certains terrines. La patience n’est pas un luxe, c’est la technique elle-même. On ne peut pas raccourcir le temps sans changer le résultat.

Pour les rillettes spécifiquement, la question du four versus la cocotte sur le feu se pose souvent. Les deux fonctionnent. Au four à 120°C avec la cocotte couverte, la chaleur est plus homogène et le risque d’attacher au fond est nul : c’est ce que Jean-Marie utilise depuis qu’il a remplacé son vieux fourneau à bois. En cocotte sur le gaz, il faut plus surveiller, surtout en fin de cuisson quand l’eau s’est évaporée et que la graisse seule reste. Dans les deux cas, la durée est la même : 6 à 8 heures selon l’épaisseur des morceaux.

La différence entre 3 heures et 6-7 heures se voit clairement : à 3 heures, la viande résiste encore un peu à la fourchette. À 6 heures, elle se défait sans effort, les fibres se séparent seules. C’est le seul critère qui compte pour savoir si la cuisson est finie.

Les ingrédients pour 1,5 kg de rillettes

Pour cette quantité, qui remplit environ 4 bocaux Le Parfait de 500 g :

  • 1 kg d’épaule de porc (avec os si possible, l’os apporte du goût)
  • 500 g de poitrine fraîche (pas fumée, pas salée)
  • Sel : 18 à 20 g par kilo de viande nette (soit environ 26-28 g au total)
  • Poivre noir : 4 g fraîchement moulu
  • Thym : 4 branches
  • Laurier : 3 feuilles
  • Ail : 3 gousses entières non épluchées (facultatif mais recommandé)
  • Vin blanc sec : 20 cl (facultatif)

Le ratio épaule/poitrine est important. L’épaule est un mélange de viande maigre et de gras infiltré. La poitrine est plus grasse. Ensemble, ils fournissent assez de graisse pour une cuisson sans ajout de saindoux, à condition que la viande soit de bonne qualité (un porc élevé lentement, pas un porc industriel qui a perdu son gras à la cuisson). Avec de la viande industrielle, il faut parfois ajouter 100 à 150 g de saindoux pour compenser.

Ne pas acheter de filet ou de longe pour les rillettes. Ce sont des morceaux trop maigres qui donneront un résultat sec quel que soit le temps de cuisson.

La cuisson : les étapes dans l’ordre

La veille (facultatif mais utile) : couper la viande en cubes de 5-6 cm, mélanger avec le sel, le poivre, le thym, le laurier et l’ail. Couvrir et laisser au réfrigérateur une nuit. Le sel commence à travailler les fibres et améliore la conservation finale.

Le jour J :

Placer les morceaux de viande dans une cocotte en fonte avec les aromates. Ajouter le vin blanc si utilisé. Il ne faut pas ajouter d’eau : la viande va rendre ses propres jus dès le début de la cuisson.

Porter à feu moyen pendant 15 minutes, en remuant deux ou trois fois, jusqu’à ce que la graisse commence à fondre et que les morceaux aient perdu leur couleur crue en surface. Ce n’est pas un dorage : on ne cherche pas la coloration.

Réduire le feu au minimum. La cocotte doit frémir très doucement, avec quelques bulles en surface de temps en temps. Couvrir partiellement (laisser un espace pour que la vapeur s’échappe).

Laisser cuire ainsi pendant 5 à 7 heures. Remuer toutes les heures environ pour vérifier que le fond n’attache pas et pour surveiller le niveau de liquide. Dans les premières heures, la viande rend de l’eau qui remonte à la surface. Cette eau doit s’évaporer progressivement : c’est bon signe.

Cocotte en fonte avec des morceaux de porc confits dans leur graisse après plusieurs heures de cuisson

Comment savoir que c’est prêt : prendre un morceau à la fourchette. Si la viande se défait en effilochant sans résistance, en suivant naturellement les fibres, c’est terminé. S’il faut forcer, il faut encore une heure. Le liquide restant doit être translucide, doré, principalement composé de graisse fondue.

Éffilocher, assaisonner et mettre en pot

Retirer la cocotte du feu. Avec une écumoire, sortir les morceaux de viande et les déposer dans un grand plat. Réserver le liquide de cuisson (graisse + gélatine) séparément.

Retirer les os (ils se détachent seuls à ce stade), les feuilles de laurier, les branches de thym et les gousses d’ail (les gousses fondantes peuvent être incorporées en les pressant si on aime l’ail).

Éffilocher la viande avec deux fourchettes. L’objectif est d’obtenir des filaments : pas une purée, pas des cubes. Aller dans le sens des fibres. Certaines personnes utilisent un batteur électrique pendant 5 secondes : ça fonctionne mais produit une texture plus fine et plus homogène, moins rustique. À la fourchette, on garde mieux le contrôle.

Rectifier l’assaisonnement maintenant. Les rillettes refroidies sembleront moins salées qu’au chaud. Il faut goûter et ajuster à chaud : c’est la seule occasion. Une fois les rillettes froides et en bocaux, on ne peut plus.

Mélanger la viande effilochée avec une partie de la graisse de cuisson filtrée (passer le liquide à travers une passoire fine). La texture doit être souple et liante, pas sèche. Si le mélange semble trop sec, ajouter de la graisse. S’il est trop gras, on peut en garder pour cuisiner autre chose.

Remplir les bocaux tièdes (pas froids : un choc thermique peut faire craquer le verre). Tasser légèrement pour éviter les poches d’air. Verser une couche de graisse filtrée sur le dessus : cette couche protège la viande de l’air et prolonge la conservation.

C’est le même principe de protection par la graisse qu’on retrouve dans d’autres préparations : pour notre fromage blanc fait au lait entier de la ferme, l’huile en surface joue un rôle comparable.

Conservation : combien de temps ?

Au réfrigérateur, sous la graisse : 3 à 4 semaines sans problème, à condition que la couche de graisse soit intacte. Chaque fois qu’on prélève des rillettes, il faut refermer hermétiquement et vérifier que la graisse recouvre bien la surface restante. Si la graisse manque, faire fondre un peu de saindoux ou de graisse réservée et en verser par-dessus pour combler.

Un point sur les contenants : les bocaux en verre avec couvercle à vis ou les bocaux Le Parfait avec joint en caoutchouc sont les meilleurs choix. Les pots en plastique retiennent les odeurs et s’abîment avec la graisse chaude. Les pots en grès (la version traditionnelle) fonctionnent très bien pour la conservation au frigo mais ne vont pas au stérilisateur.

En bocaux stérilisés : les rillettes peuvent se conserver 12 à 18 mois si la stérilisation est bien faite. Fermer les bocaux Le Parfait à chaud, avec des joints neufs. Stériliser 3 heures à 100°C dans un stérilisateur électrique ou une grande marmite (les bocaux entièrement immergés dans l’eau). Laisser refroidir dans l’eau. Vérifier que les bocaux ont fait le vide (le couvercle ne bouge pas sous la pression du doigt).

Une chose que je n’aurais pas cru : les rillettes sont meilleures après 10 à 15 jours qu’au moment de la mise en pot. Les arômes s’arrondissent, la texture se stabilise. On résiste à l’envie d’ouvrir un bocal le lendemain.

On les sort souvent à l’apéritif avec notre cidre de fermentation naturelle : le gras des rillettes et l’acidité du cidre brut s’équilibrent bien.

Les erreurs qui font rater les rillettes

Cuire trop vite. C’est l’erreur la plus courante. Une température trop haute évapore l’eau trop vite et frite la viande plutôt que de la confir. Résultat : rillettes sèches, peu de graisse rendue, mauvaise conservation.

Sous-saler. Les rillettes ont besoin de sel pour deux raisons : le goût, et la conservation. En dessous de 16 g de sel par kilo de viande, les rillettes seront fades et se conserveront moins longtemps. 18-20 g par kilo, c’est le bon repère.

Jeter la graisse de cuisson. Erreur classique. Cette graisse est la partie qui conserve et qui lie. Elle peut aussi servir à faire revenir des pommes de terre, à cuire des oignons, à graisser une poêle pour des crêpes.

Ouvrir les bocaux trop tôt. Comme pour les confits de chou farci breton, le temps de repos est une étape à part entière. Laisser minimum deux semaines avant de goûter un bocal stérilisé.

Ne pas goûter et rectifier avant la mise en pot. Une fois froides et fermées, les rillettes ne se corrigent plus. Le moment d’assaisonnement, c’est juste après l’effilochage, quand tout est encore chaud.

Questions pratiques

Peut-on utiliser du porc congelé ? Oui, à condition de le décongeler complètement et de bien l’égoutter avant la cuisson. La viande congelée rend plus d’eau à la cuisson, ce qui rallonge légèrement la durée d’évaporation. Le résultat final est le même.

Les rillettes peuvent-elles sentir mauvais en cours de cuisson ? L’odeur de porc confit est forte, c’est normal. Si l’odeur est aigre ou désagréable, soit la viande n’était pas fraîche, soit la température était trop haute et quelque chose a brûlé. En cuisson normale, l’odeur doit être appétissante, grasse, herbacée (thym, laurier).

Peut-on faire des rillettes avec d’autres morceaux ? La gorge de porc (très grasse) fonctionne très bien mélangée à l’épaule. La joue donne un résultat plus gélatineux. Le jarret est possible mais demande une préparation plus longue (retirer le tendon central). À éviter : filet, côtelette sans os, jambon cuit.

Combien coûte un lot maison ? Avec de la viande de qualité en circuit court (3,50 à 5 € le kilo), le lot de 1,5 kg coûte environ 7 à 10 € en viande, plus quelques centimes d’aromates et d’énergie. Les rillettes artisanales de charcuterie se vendent entre 15 et 25 € le kilo. L’économie est réelle, mais c’est surtout la qualité et la satisfaction de savoir ce qu’il y a dedans qui motive.


Les rillettes de porc maison ne sont pas une recette difficile. Elles demandent du temps, de la patience, et une bonne viande. La méthode longue n’est pas un détail : c’est tout ce qui fait la différence entre des rillettes qui fondent et des rillettes qui sèchent. Six heures à feu doux et une bonne mise en bocaux, c’est le secret que Jean-Marie donne à tout le monde, mais que tout le monde oublie d’appliquer.

M

Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.