Chou farci a la bretonne : ma variation hivernale du kig ha farz
Chou farci breton recette de Maëlle : farce porc-lard, cidre brut, cuisson 1h30. Héritage du kig ha farz revisité pour les choux du potager de novembre.
Chou farci a la bretonne : ma variation hivernale du kig ha farz
La recette de chou farci breton, c’est quelque chose que j’ai longtemps mis de côté. Trop long, trop compliqué, trop d’étapes. Et puis un novembre, j’avais six choux qui arrivaient en même temps dans le potager, Yann qui revenait de son atelier avec une faim de charpentier, et un reste de porc du marché de Landerneau dans le frigo. Je me suis lancée. Depuis, c’est devenu un incontournable de nos hivers à Lezavarn.
Ce qui m’a guidée, c’est l’idée du kig ha farz : cette tradition du Léon où on fait tout cuire ensemble, viande, légumes et far, dans un même bouillon généreux. Le chou farci en est une adaptation plus simple, sans le far, mais avec la même philosophie : un plat complet qui réchauffe, qui ne demande pas qu’on reste en cuisine, et qui est meilleur réchauffé le lendemain.
Pourquoi le chou de novembre se prête si bien a la farce
Les choux d’hiver, ceux qu’on sème en juin pour les avoir à partir d’octobre-novembre, ont une texture bien différente des choux de printemps. Les feuilles sont plus épaisses, plus résistantes, elles tiennent la cuisson sans se défaire. C’est exactement ce qu’on veut pour un chou farci : des feuilles qui gardent leur tenue après une heure de mijotage.
À Lezavarn, je plante des choux Quintal d’Alsace et des choux de Milan. Le Quintal donne des têtes monumentales, parfois 3 ou 4 kilos. Difficile à utiliser en salade. La texture un peu ferme et le goût légèrement sucré après les premières gelées en font en revanche une base parfaite pour la farce.
Le chou frisé de Milan est mon préféré pour cette recette. Ses feuilles gaufrées retiennent mieux la farce une fois reconstituées, et sa saveur est plus douce que celle du chou lisse.
Les ingrédients pour un chou farci breton (4 a 6 personnes)
Pour la farce :
- 400 g de porc haché (épaule ou gorge)
- 200 g de boeuf haché
- 150 g de lard fumé coupé en petits dés
- 2 oignons de Roscoff (ou 1 gros oignon jaune)
- 2 gousses d’ail
- 1 oeuf
- 3 cuillères à soupe de crème fraîche épaisse
- Thym, laurier, persil plat
- Sel, poivre noir
Pour la cuisson :
- 1 chou vert frisé de taille moyenne (environ 1,5 kg)
- 1 litre de bouillon de légumes ou de poule
- 20 cl de cidre brut breton
- 2 carottes, 1 poireau, 1 navet (optionnels, pour enrichir le bouillon)
- Une grosse noix de beurre pour finir

La part de cidre dans le bouillon est le détail qui change tout. Ce n’est pas une astuce de chef, c’est simplement la logique bretonne appliquée à la cuisine de plat mijoté : l’acidité du cidre équilibre le gras de la farce et donne au bouillon une profondeur que l’eau seule ne donne pas.
La recette du chou farci breton, etape par etape
Préparer le chou
Portez un grand faitout d’eau salée à ébullition. Retirez les feuilles extérieures abîmées du chou. Avec un couteau, découpez le coeur en biseau pour détacher les feuilles sans les déchirer. Plongez le chou entier dans l’eau bouillante pendant 8 à 10 minutes.
Sortez-le, passez-le sous l’eau froide et détachez délicatement 10 à 12 grandes feuilles. Posez-les à plat sur un torchon propre. Les feuilles du centre, plus petites, seront hachées et incorporées dans la farce.
Préparer la farce
Dans une poêle, faites revenir le lard fumé 3 minutes sans matière grasse. Ajoutez les oignons émincés finement, laissez fondre 5 minutes à feu doux. Ajoutez l’ail haché, remuez 1 minute. Laissez refroidir.
Dans un grand bol, mélangez le porc haché, le boeuf haché, les oignons et lard refroidis, l’oeuf, la crème fraîche, les herbes ciselées, et les feuilles de chou du centre finement hachées. Salez et poivrez généreusement. La farce doit être ferme mais pas sèche. Si elle colle trop, ajoutez une cuillère de crème.
C’est là que j’intègre l’héritage du kig ha farz : dans le pot-au-feu breton, la viande cuit longuement dans le bouillon avec les légumes. J’applique le même principe, mais sous forme condensée dans la farce.
Monter et cuire le chou farci
Tapissez un grand bol ou une passoire de film alimentaire, avec les feuilles de chou en corolle, côté nervure vers le bas. Versez la farce au centre. Repliez les feuilles par-dessus et refermez le film en torsadant pour obtenir une boule bien serrée.
Dans une cocotte, faites chauffer un filet d’huile. Faites dorer le chou farci sur toutes ses faces, film alimentaire retiré, 4 à 5 minutes. Mouillez avec le bouillon et le cidre. Ajoutez les carottes en rondelles, le poireau fendu, le navet en quartiers si vous en avez.
Couvrez et laissez mijoter à feu doux : 1h15 à 1h30 selon la taille. Le chou est prêt quand une lame de couteau s’enfonce sans résistance dans la farce. Sortez-le, laissez reposer 5 minutes avant de trancher.
Le bouillon de cuisson, réduit de moitié dans la cocotte à découvert pendant que le chou repose, devient une sauce naturelle. Montez-la avec une noix de beurre baratte pour la lier. Ce bouillon chargé des sucs de la farce et du cidre, c’est presque une soupe à part entière, et on l’utilise parfois le lendemain pour une soupe de poireaux et pommes de terre.
La bardatte, ancetre breton du chou farci
En pays de Léon, il existe une préparation ancienne appelée bardatte : des feuilles de chou farcies de lard fumé et de sarrasin, cuites en bouillon. La parenté avec notre recette est directe.
La bardatte est à mi-chemin entre le chou farci et le kig ha farz : même principe du chou comme contenant, même bouillon long, même association viande fumée et céréale bretonne. La version que je propose ici remplace le sarrasin par de la viande hachée, plus proche de ce qu’on trouve aujourd’hui dans les boucheries du Finistère, mais la philosophie reste la même.
Ce détail historique m’importe parce qu’il ancre la recette dans quelque chose de réel. Ce n’est pas une fusion inventée pour paraître breton, c’est une cuisine qui a une logique de terroir : utiliser ce qu’on a (le chou du jardin, la viande du marché, le cidre de la cave), le cuire ensemble longtemps, partager à plusieurs.
Chou farci viande hiver : les variantes selon ce qu’il y a
L’adaptation est justement ce qui fait la force de cette recette. Quelques variantes qui fonctionnent bien :
Si vous avez des restes de viande cuite : le kig ha farz se recyclait toujours en cuisine d’après-fête. Une farce à base de boeuf effiloché et de porc haché, avec un oeuf pour lier, est parfaitement valable.
Si vous avez des légumes en conserve : une cuillère de conserves de légumes en bocaux (haricots verts, carottes) incorporée dans la farce allège le rendu final et ajoute une texture intéressante.
Sans cidre : remplacez par du vin blanc sec ou simplement du bouillon seul. Le résultat est plus neutre mais fonctionne. En revanche, évitez l’eau pure : la farce a besoin de quelque chose d’aromatique pour ne pas avoir un goût fade.
Version plus légère : moitié veau haché, moitié porc. Le gras est réduit, la texture un peu moins dense, le temps de cuisson légèrement raccourci (1h au lieu de 1h15).
Ce qui fait vraiment la différence
Trois points qui déterminent si le chou farci est réussi ou décevant :
Le séchage des feuilles. Après blanchissage, les feuilles doivent être bien essuyées avant le montage. Des feuilles humides font une farce qui cuit à la vapeur plutôt qu’à l’étuvée, et la texture devient spongieuse.
Le serrage du montage. Le chou reconstruit doit être ferme, avec les feuilles bien plaquées contre la farce. Un montage trop lâche donne un chou qui se défait à la cuisson. Le film alimentaire est utile pendant le façonnage, mais retirez-le avant la coloration.
La patience à feu doux. 1h15 minimum. Les recettes qui annoncent 40 minutes donnent une farce cuite à coeur mais un chou qui a encore la texture des feuilles crues. Ce plat a besoin du temps long pour que les saveurs se fondent.
Questions fréquentes sur le chou farci breton
Peut-on préparer le chou farci la veille ? Oui, et c’est même recommandé. Après une nuit au frigo dans son bouillon, les saveurs se sont développées. Réchauffez à feu très doux, à couvert, 20 à 25 minutes.
Comment conserver les restes ? Tranché, le chou farci se conserve 3 jours au réfrigérateur dans un contenant hermétique avec un peu de bouillon pour éviter le dessèchement. On peut aussi congeler les tranches individuellement.
Faut-il un filet de cuisine pour tenir le chou ? Non, le montage avec le film alimentaire suffit à consolider la forme avant la coloration. Une fois doré en surface, le chou tient seul. Le filet de cuisine est utile si vous farcissez un chou entier sans démonter les feuilles (une autre technique, plus longue).
Peut-on utiliser un chou pointu ? Le chou pointu (chou de Corne de Cerf ou chou Oxheart) a des feuilles plus fines et se blanchit en 5 minutes seulement. Il fonctionne pour un chou farci plus léger, avec une farce moins dense. En Finistère, on le trouve davantage au printemps qu’en hiver.
Maëlle
Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.


