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Potager & verger · · 10 min de lecture

Fraisiers en Bretagne : plantation, multiplication par stolons et variétés recommandées

Planter des fraisiers en Bretagne et les multiplier par stolons gratuitement. Variétés adaptées au Finistère, technique pas-à-pas et renouvellement de la fraisière.

Fraisiers en pleine production dans un potager breton, fraises rouges mûres sur feuilles vertes

Au bout de quatre saisons, notre première rangée de fraisiers — une Charlotte que j’avais achetée en godets au marché de Landerneau — avait produit assez de stolons pour garnir toute une nouvelle planche. Sans dépenser un centime. C’est ce que j’aime avec les fraisiers : une fois qu’on a les bons pieds mères, on peut multiplier sa fraisière indéfiniment, à condition de choisir des variétés adaptées au climat breton et de maîtriser quelques gestes de base.

Dans cet article, je détaille comment planter des fraisiers en Bretagne, quelles variétés marchent vraiment dans le Finistère, et comment récupérer gratuitement des dizaines de nouveaux plants chaque été grâce aux stolons.

Pourquoi les fraisiers s’épanouissent en climat atlantique

Le Finistère a une réputation qui n’est pas usurpée en matière de fraises. Plougastel-Daoulas, à une vingtaine de kilomètres de Lezavarn, est historiquement le berceau de la fraise européenne depuis le XVIIIe siècle. Ce n’est pas un hasard : le climat atlantique est idéal pour cette plante.

Les hivers doux — on gèle rarement plus de quelques nuits — permettent aux fraisiers de repartir tôt au printemps. Les printemps humides et frais favorisent une floraison étalée, donc une récolte moins brutale qu’en région méditerranéenne. L’été reste suffisamment frais pour que les variétés remontantes continuent à produire jusqu’en octobre, là où elles s’arrêtent dès août dans le Midi.

La contrepartie, c’est l’humidité. Les limaces adorent les fraises autant que nous, et la pourriture grise (Botrytis cinerea) peut ravager une récolte en quelques jours si l’air ne circule pas entre les plants. C’est la raison principale pour laquelle l’espacement et le paillage ne sont pas optionnels ici — j’y reviens dans la section sur la plantation.

Sur nos 4 000 m², les fraisiers occupent aujourd’hui deux planches de 8 mètres, orientées plein sud contre le mur en granit qui emmagasine la chaleur. On récolte des fraises de la mi-mai à début novembre selon les années.

Les meilleures variétés de fraises pour le Finistère

Avant de parler multiplication, il faut partir d’un bon matériel. Les variétés vendues en grande surface sont souvent choisies pour leur tenue au transport, pas pour leur goût ou leur adaptation au climat breton. En voici quelques-unes qui ont fait leurs preuves dans notre coin.

Variétés non-remontantes : la récolte concentrée de mai-juin

Les non-remontantes fleurissent une seule fois par an, mais produisent beaucoup sur une courte période — trois à quatre semaines environ. Elles conviennent bien aux personnes qui veulent faire des confitures ou des conserves en grande quantité d’un coup.

Gariguette : la star de Plougastel. Fraise allongée, sucrée avec une légère acidité, apparaît dès la mi-mai en Finistère. Elle est sensible à l’oïdium et aux acariens, mais aucune autre variété ne la bat sur le goût. À traiter préventativement avec du soufre si vous êtes en sol humide.

Ciflorette : récoltée de mi-mai à mi-juin, plus tardive que la Gariguette. Fruit orange-rouge, charnu. Elle supporte mieux l’humidité, ce qui en fait un bon choix pour les jardins exposés à l’ouest.

Darselect : robuste, productive, moins sensible à la pourriture grise. Moins connue que la Gariguette mais plus facile à cultiver pour les débutants.

Variétés remontantes : fraises de juin à novembre

Les remontantes fleurissent et fructifient plusieurs fois par saison. La production par récolte est moins abondante, mais elle s’étale sur cinq à six mois.

Charlotte : c’est notre variété principale à Lezavarn. Parfumée, productrice, rustique. Elle donne des stolons en abondance — parfois trop, ce qui est une bonne nouvelle pour la multiplication. On récolte de juin jusqu’aux premières gelées, soit souvent jusqu’à début novembre ici.

Mara des Bois : goût proche de la fraise des bois, très aromatique. Moins productive que la Charlotte mais appréciée pour la dégustation fraîche. Elle produit aussi des stolons utilisables, mais en moindre quantité.

Cirafine : acidulée et juteuse, résistante au Botrytis — un vrai avantage en Bretagne. Bien adaptée aux sols argilo-limoneux du Finistère.

Mon conseil pour une fraisière équilibrée en Bretagne : deux tiers de remontantes (Charlotte, Mara des Bois) et un tiers de non-remontantes (Gariguette ou Ciflorette) pour un pic de récolte printanier tout en maintenant la production tout l’été.

Planter des fraisiers en Bretagne : période et technique

En Bretagne, on peut planter des fraisiers à deux moments de l’année, selon d’où viennent les plants :

  • Fin août à mi-octobre : c’est la période classique pour les plants issus de stolons récoltés en été, ou pour les plants en godets achetés en jardinerie. Les températures encore douces permettent un bon enracinement avant l’hiver. Les plants installés à l’automne fleurissent dès le printemps suivant.
  • Mars-avril : pour les plants en godets achetés au marché ou en jardinerie. La production sera décalée de quelques semaines par rapport aux plantations d’automne.

Évitez de planter en plein été (juillet-août) : la chaleur relative et la sécheresse éventuelle stressent les jeunes plants, même en Finistère.

Préparer le sol : les fraisiers détestent les sols compactés et les zones où l’eau stagne. Si votre terrain est argilo-limoneux comme le nôtre, surélevez légèrement vos planches (10 à 15 cm suffit) et incorporez du compost bien mûr. Le pH idéal se situe entre 5,5 et 6,5 — légèrement acide, ce qui correspond bien aux sols bretons.

Espacement : 30 à 35 cm entre les plants, sur des rangs espacés de 40 cm au minimum. En Bretagne, je conseille plutôt 40 cm entre plants pour favoriser l’aération et limiter le développement du Botrytis. Ça peut paraître généreux mais le résultat est nettement meilleur.

Le collet ne s’enterre pas. C’est l’erreur numéro un des débutants : le collet (la partie entre les feuilles et les racines) doit affleurer exactement la surface du sol. Trop enterré, le plant pourrit. Trop haut, les racines sèchent.

Paillage : installez une couche de paille, de feuilles broyées ou d’un voile de paillage dès la plantation. En Bretagne, cela limite surtout les éclaboussures de terre humide sur les fruits (vecteur de pourriture) et freine les limaces qui adorent se cacher dans la fraîcheur.

Le potager de Lezavarn accueille aussi des haricots verts au potager breton qui profitent des mêmes planches surélevées — les rotations entre ces cultures fonctionnent bien.

Multiplier ses fraisiers par stolons : la méthode gratuite

C’est là que les fraisiers deviennent vraiment intéressants d’un point de vue autonomie. Une fois que vous avez de bons pieds mères, vous n’avez plus besoin d’en acheter. Chaque plant adulte produit en moyenne 4 à 8 stolons par saison — ces longues tiges fines qui partent du cœur du plant et cherchent à s’enraciner autour.

Stolon de fraisier en cours d'enracinement dans un petit pot, crampon fil de fer visible, multiplication par stolons au potager

Identifier les bons stolons et choisir les plants mères

Tous les stolons ne se valent pas. Préférez ceux issus de plants mères âgés de 1 à 2 ans — les jeunes plants de l’année ont besoin de toute leur énergie pour s’établir, et les plants de plus de 3 ans transmettent moins bien leur vigueur.

Sur chaque stolon, plusieurs nœuds peuvent former un nouveau plant. Ne gardez que le premier nœud (le plus proche du plant mère) : il est le plus vigoureux. Les nœuds suivants donnent des plants plus faibles qui auront du mal à passer leur premier hiver.

Sélectionnez aussi vos plants mères sur la qualité des fruits qu’ils ont produits cette saison. Si un pied a été peu productif ou atteint de maladies, n’en tirez pas de stolons : vous perpétueriez le problème.

Marcottage en pot : la technique pas-à-pas

La méthode la plus fiable en Bretagne — surtout si votre sol est lourd — consiste à faire raciner les stolons dans des petits pots plutôt qu’à même le sol.

1. Préparez des godets de 8 à 10 cm remplis d’un mélange terreau + compost (moitié-moitié). Posez-les au pied du plant mère sans couper les stolons.

2. À partir de début juillet, repérez les premiers stolons bien développés. Enfoncez délicatement le premier nœud dans le pot en le maintenant à la surface — ni trop profond, ni flottant. Un petit crampon en fil de fer plié en U suffit.

3. Laissez le stolon attaché au plant mère pendant trois à quatre semaines. Le nouveau plant se nourrira de la plante mère pendant qu’il développe ses racines.

4. Vérifiez l’enracinement en tirant très doucement sur le nouveau plant fin août : s’il résiste, les racines sont en place. Si le pot se soulève entier, attendez encore une semaine.

5. Coupez le stolon entre le plant mère et le godet. Le nouveau plant est autonome. On peut le laisser en pot jusqu’à la plantation en septembre-octobre, ou le planter directement en place.

Séparation et plantation des nouveaux pieds

La plantation en pleine terre des jeunes stolons se fait idéalement de mi-août à mi-octobre en Finistère. Les températures encore douces (15-18°C en moyenne) permettent un bon enracinement avant novembre.

Préparez l’emplacement comme pour tout nouveau fraisier : sol ameubli, compost incorporé, planche légèrement surélevée si le drainage n’est pas parfait. Respectez les mêmes espacements que pour les plants achetés.

La première saison après la transplantation d’un stolon, retirez les premières fleurs qui apparaissent en avril-mai. C’est frustrant mais efficace : le plant concentre son énergie sur le développement racinaire plutôt que sur les fruits, et il sera nettement plus productif dès la deuxième année.

Renouveler sa fraisière tous les quatre ans

Un fraisier produit bien pendant 3 à 4 ans, puis s’épuise progressivement. En pratique, vous verrez la production baisser, les fruits rapetisser, et les plants être plus facilement touchés par les maladies.

La solution n’est pas de traiter davantage mais de renouveler. Grâce à la multiplication par stolons, c’est gratuit et vous n’avez pas besoin de racheter de plants. Voici comment j’organise la rotation à Lezavarn :

  • Année 1 : plantation des nouveaux plants (stolons ou achetés), suppression des fleurs au printemps
  • Année 2-3 : pleine production, récupération des stolons les plus vigoureux chaque été
  • Année 4 : production en baisse, mais on continue à récupérer des stolons pour la génération suivante
  • Automne de l’année 4 : arrachage des vieux pieds, compostage, plantation des nouveaux à un autre emplacement

Ne replantez pas les fraisiers au même endroit deux fois de suite. Attendez au moins trois ans avant de revenir sur la même parcelle pour éviter l’accumulation de champignons du sol et de nématodes spécifiques aux fraisiers.

En pratique sur deux planches, je divise souvent la rotation : une planche “vieux plants” et une planche “nouveaux plants”. Chaque automne, j’arrache la moitié la plus ancienne et je la replante avec les stolons récupérés dans l’été. La production n’est jamais à zéro, et la fraisière se renouvelle sans rupture.

C’est un peu le même principe que pour les courges et potirons que je conserve tout l’hiver : penser à l’année suivante pendant qu’on récolte l’année en cours.

Les erreurs classiques en Bretagne

Quelques points spécifiques au climat atlantique que j’aurais voulu savoir avant ma première fraisière :

Planter trop serré pour “faire plus”. La tentation est forte, surtout avec des plants obtenus gratuitement. En Finistère, l’humidité ambiante et les pluies fréquentes signifient que les plants trop proches favorisent le Botrytis. Un fruit touché peut contaminer les voisins en quelques heures par temps humide. Respectez les 35-40 cm minimum.

Négliger les limaces. Les limaces détruisent les fraises, particulièrement les variétés basses. Les granulés de métaldéhyde sont efficaces mais toxiques pour les hérissons et les chats. Préférez les granulés à base de phosphate de fer (Ferramol, Sluxx), autorisés en agriculture biologique. En Bretagne, le problème est réel d’avril à novembre — pas seulement au printemps.

Conserver les stolons de plants malades. Si un pied a fait de la pourriture grise ou était chétif, n’en récupérez pas les stolons. On perpétue les problèmes génétiques et on introduit des spores dans le nouveau secteur. C’est une règle que j’ai apprise à mes dépens la première année.

Arroser par aspersion. Les fraisiers en fleurs et en fruits ne supportent pas d’avoir les fleurs et les fruits mouillés. L’aspersion, déjà peu utile en Bretagne vu les pluies, favorise la pourriture. Si vous arrosez (surtout les nouvelles plantations en été sec), arrosez au pied.

Laisser les tiges florales la première année. J’en ai parlé plus haut, mais c’est vraiment l’erreur qui coûte le plus cher en production à long terme. La suppression des fleurs la première saison peut doubler la production en année 2.

Les courgettes ont leurs propres contraintes en Bretagne, mais les fraisiers demandent finalement moins d’interventions régulières — surtout une fois qu’on maîtrise la multiplication.

Questions fréquentes sur les fraisiers en Bretagne

Quand couper les stolons qui ne servent pas à la multiplication ? Dès qu’ils apparaissent, si vous ne voulez pas les utiliser pour multiplier. Les stolons puisent dans la réserve de la plante mère et réduisent la production de fruits. Sur les plants que vous ne destinez pas à la multiplication, supprimez-les au fur et à mesure, de juin à septembre.

Peut-on cultiver des fraisiers en pot ou en bac en Bretagne ? Oui, avec quelques adaptations. Choisissez des bacs d’au moins 30 cm de profondeur et 40 cm de diamètre par plant. Le drainage est crucial — les pots sans trous d’écoulement suffisants sont catastrophiques sous notre pluviométrie. Avantage des pots : vous les rentrez sous abri les nuits de gel fort, ce qui arrive quelquefois en Finistère en mars-avril.

Les fraisiers des bois se multiplient-ils par stolons ? Les vraies fraises des bois (Fragaria vesca) produisent très peu de stolons comparées aux variétés cultivées. Elles se multiplient mieux par semis ou par division de touffe. Leurs fruits sont minuscules mais d’une intensité aromatique incomparable — quelques pieds glissés en bordure de planche, ça vaut le coup.

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Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.