Tailler les tomates : faut-il vraiment supprimer les gourmands ?
Tailler les tomates et leurs gourmands : faut-il vraiment le faire ? Quand tailler, quand s'abstenir selon la variété, et comment pincer sans affaiblir la plante.
« Tu tailles tes tomates ? » C’est la question qui divise les jardiniers, et chez nous les voisins ne sont pas d’accord. Après trois ans à observer mes pieds avec et sans taille, j’ai une réponse plus nuancée que le « oui » ou le « non » qu’on lit partout : ça dépend de la variété, du climat et de ce que vous voulez récolter. Voici comment tailler les tomates et leurs gourmands sans se tromper.
C’est quoi, un gourmand ?
Un gourmand, c’est la jeune pousse qui apparaît à l’aisselle de la plante, entre la tige principale et une feuille. On le reconnaît à sa position : toujours dans l’angle, à 45 degrés, jamais au bout d’une branche. Laissé libre, il devient une tige à part entière, avec ses propres feuilles, ses propres fleurs et ses propres fruits.
La question de la taille se résume à ça : faut-il supprimer ces pousses pour concentrer la plante sur quelques tiges, ou les laisser faire pour multiplier les points de récolte ?
Ne le confondez pas avec deux autres choses : le bouquet floral, qui sort directement de la tige entre deux feuilles et porte les fleurs puis les fruits (celui-là, on ne le touche jamais), et la tête de la tige, l’extrémité qui monte. Le gourmand, lui, naît toujours dans l’angle formé par la tige et une feuille.
Déterminée ou indéterminée : reconnaître son type de tomate
Tout part de là. Il existe deux modes de croissance.
- Tomates indéterminées : la tige principale pousse sans fin, elle peut faire 2 mètres et plus, et il faut la palisser. La plupart des grosses variétés (cœur de bœuf, Marmande, Noire de Crimée, Rose de Berne) et beaucoup de cerises anciennes en font partie.
- Tomates déterminées : la plante s’arrête d’elle-même à une hauteur donnée (50 à 80 cm), forme un buisson trapu et produit sa récolte de façon groupée. Beaucoup de Roma et de variétés à conserve, ainsi que les tomates dites « de balcon ».
Comment savoir ? Le sachet de graines l’indique presque toujours. Sinon, observez : si le plant part en hauteur et ne semble jamais vouloir s’arrêter, il est indéterminé. S’il se ramifie bas et forme une boule compacte, il est déterminé.
Cette distinction commande tout le reste : on taille surtout les indéterminées, presque jamais les déterminées.
Faut-il tailler ? Le pour et le contre
Le débat est réel, et les deux camps ont des arguments.
En faveur de la taille :
- La plante concentre son énergie sur moins de fruits, qui deviennent plus gros et plus réguliers.
- Plus d’air entre les feuilles : moins d’humidité stagnante, donc moins de mildiou, ce qui compte énormément sous climat humide.
- Maturation plus rapide : les fruits rougissent une à deux semaines plus tôt, précieux là où l’été est court.
- Un pied conduit sur une tige se palisse et se surveille facilement.
Contre la taille :
- Chaque pincement fait une plaie, porte d’entrée possible pour les maladies.
- Supprimer un gourmand, c’est renoncer à la récolte qu’il aurait portée : le rendement par pied baisse.
- C’est du travail hebdomadaire pendant tout l’été.
La bonne façon de trancher : raisonnez en rendement par mètre carré, pas par pied. Un pied taillé sur une tige produit moins à lui seul, mais on en met plus au même endroit, et la récolte totale par surface reste équivalente, avec des fruits plus sains et plus précoces. C’est pour ça que la quasi-totalité des maraîchers taillent.

Le vrai critère : la variété
Mon raccourci après trois saisons de comparaison, un pied taillé à côté d’un pied libre de la même variété :
- Grosse tomate indéterminée palissée (cœur de bœuf, Marmande, Noire de Crimée) → je taille. L’écart est net : fruits plus gros, feuillage plus sain, récolte avancée.
- Tomate-cerise → je ne taille pas, ou juste les gourmands du bas. Ces variétés fructifient sur toutes leurs ramifications ; les tailler revient à sacrifier la moitié de la récolte pour rien.
- Variété déterminée / buissonnante → je ne touche à rien. La plante a un programme, elle s’arrête toute seule.
Sur combien de tiges conduire un pied ?
Pour les indéterminées que l’on taille, trois conduites possibles :
- Une seule tige : on supprime tous les gourmands. Fruits les plus gros, récolte la plus précoce, pied le plus facile à gérer. C’est ma conduite sous serre.
- Deux tiges : on garde un gourmand vigoureux, en général celui juste sous le premier bouquet de fleurs, et on le palisse comme une seconde tige. Compromis entre grosseur des fruits et quantité. Bien en plein air quand on a de la place.
- Trois tiges ou plus : réservé aux cerises et aux étés longs. Plus de fruits, mais plus petits et plus tardifs.
En Bretagne, sur les grosses variétés, je reste sur une ou deux tiges maximum : au-delà, les derniers fruits n’ont pas le temps de mûrir avant l’humidité de septembre.
Comment pincer les gourmands correctement
Le geste est simple, mais il y a des règles qui évitent d’introduire des maladies.
- Pincez-les jeunes, à 2 à 5 cm, entre le pouce et l’index. Petits, ils se détachent net et la plaie cicatrise en quelques heures.
- Par temps sec, le matin : la plaie sèche dans la journée. Jamais avant une pluie ni par temps couvert humide.
- Si le gourmand est déjà gros (plus d’un centimètre à la base), coupez au sécateur propre plutôt que d’arracher, ce qui déchirerait la tige.
- Désinfectez la lame entre chaque pied (alcool, flamme) : certaines maladies, comme la mosaïque, se transmettent d’un plant à l’autre par les outils et les mains.
- Un tour par semaine suffit. Inutile de traquer chaque pousse tous les jours.
Un gourmand qu’on a laissé filer et qui fait déjà 30 cm : on peut le couper, la plante encaisse, mais on perd le bénéfice de la précocité. Autant le garder comme deuxième tige s’il est bien placé.
Que faire des gourmands coupés : les bouturer
C’est le geste que je préfère. Un gourmand de 10 à 15 cm, mis dans un verre d’eau à la lumière, fait des racines en 8 à 12 jours. On le repique ensuite en godet, puis en terre.
Bouturé fin juin ou début juillet, il donne des plants qui produisent en septembre et octobre, quand les premiers pieds fatiguent. C’est une deuxième récolte gratuite, à partir de ce qu’on allait jeter. En Bretagne, ces boutures tardives craignent le mildiou d’arrière-saison : je les installe sous abri.
Sous serre ou en plein air : ce qui change
Le lieu de culture modifie la façon de tailler.
Sous serre ou tunnel, l’air circule moins et l’humidité de la nuit reste piégée : le mildiou et l’oïdium guettent au moindre feuillage dense. J’y taille strictement, conduite sur une tige, effeuillage régulier du bas, et je ne laisse aucun gourmand traîner. C’est aussi sous serre que la désinfection du sécateur compte le plus, parce qu’une maladie introduite ne sera pas lessivée par la pluie.
En plein air, le vent fait une partie du travail d’aération. On peut se permettre deux tiges, un effeuillage plus léger, et tolérer un gourmand qui repart. En revanche, les plaies de taille sont exposées aux averses : on ne pince vraiment que sur une fenêtre de temps sec.
Dans les deux cas, écartez les pieds : 50 à 60 cm entre plants taillés sur une tige, 70 à 80 cm pour deux tiges. Un rang trop serré annule le bénéfice de la taille.
L’effeuillage : combien de feuilles, quand
L’effeuillage, c’est retirer des feuilles, pas des gourmands. Deux règles :
- Enlevez les feuilles du bas au fur et à mesure que les bouquets mûrissent. Une feuille sous un bouquet dont les fruits sont formés ne sert presque plus à rien et gêne l’aération.
- Ne déshabillez jamais la plante. Pas plus d’un tiers du feuillage retiré à la fois. Les feuilles nourrissent les fruits et les protègent des coups de soleil (les tomates échaudées, blanches et dures d’un côté, viennent souvent d’un effeuillage trop brutal).
En pratique : à partir de fin juillet, je retire une à deux feuilles par pied et par semaine, toujours dans la moitié basse.
L’étêtage de fin de saison
L’étêtage, c’est pincer la tête de la tige principale pour que la plante arrête de grandir et concentre tout sur les fruits déjà formés.
- Quand : dès que le pied porte assez de bouquets pour la saison qui reste. En Bretagne, début à mi-août, au-dessus du quatrième ou cinquième bouquet. Dans le Sud, on peut attendre le sixième ou septième.
- Comment : on coupe la tige en laissant deux feuilles au-dessus du dernier bouquet conservé, elles finiront de nourrir les fruits.
Après l’étêtage, on surveille les gourmands qui repartent de plus belle (la plante cherche à continuer) et on les supprime tous. C’est aussi le moment où faire mûrir les tomates vertes à l’intérieur prend le relais pour les derniers fruits.
Les erreurs à éviter
- Tailler par temps humide : la plaie reste ouverte et humide, le mildiou s’y installe.
- Tout enlever d’un coup sur un pied négligé : la plante subit un choc et stagne. Étalez sur deux ou trois passages.
- Effeuiller trop tôt ou trop : le feuillage haut est le moteur de la plante.
- Tailler les tomates-cerises et les déterminées : perte de récolte pure.
- Utiliser le même sécateur sur tous les pieds sans le nettoyer.
Questions fréquentes
Un gourmand porte-t-il des fruits ? Oui, exactement comme la tige principale : feuilles, fleurs, fruits. C’est bien pour ça que le supprimer réduit le rendement du pied.
Peut-on vraiment bouturer un gourmand ? Oui, très facilement. Verre d’eau, lumière, racines en une dizaine de jours, puis repiquage. C’est le meilleur moyen d’avoir des plants tardifs sans racheter de graines.
Faut-il tailler les tomates en pot ? Sur balcon, une conduite sur une ou deux tiges facilite la gestion d’un plant indéterminé dans un volume limité. Une variété naine ou déterminée en pot ne se taille pas.
Que faire d’un gourmand oublié devenu une grosse tige ? S’il est bien placé et vigoureux, gardez-le comme seconde tige et palissez-le. Sinon, coupez-le au sécateur propre, la plante s’en remet.
La taille rend-elle les tomates plus sucrées ? Indirectement : moins de fruits par pied, mieux nourris et exposés au soleil, donc souvent plus goûteux. Ce n’est pas magique, mais c’est réel sur les grosses variétés.
Quand commencer à tailler dans la saison ? Deux à trois semaines après la plantation, quand le pied a repris et que les premiers gourmands atteignent 3 à 5 cm. Avant, on laisse la plante s’installer.
Faut-il retirer les feuilles qui touchent le sol ? Oui, en priorité. Une feuille au contact de la terre est une porte d’entrée directe pour le mildiou et les bactéries du sol. On la coupe dès la plantation et on ne laisse jamais rien retomber au sol ensuite.
Un effeuillage trop sévère peut-il causer le cul noir ? Oui. En retirant trop de feuilles, on réduit la circulation de la sève et donc l’acheminement du calcium vers les fruits, ce qui favorise le cul noir de la tomate. Une raison de plus de ne jamais déshabiller la plante.
En résumé
- Gourmand = pousse à l’aisselle, entre tige et feuille ; il devient une tige complète.
- Grosses tomates indéterminées palissées → tailler (fruits plus gros, moins de mildiou, récolte plus précoce).
- Cerises, variétés déterminées et buissonnantes → ne pas tailler.
- Conduire sur une ou deux tiges sous climat court ; pincer jeune, par temps sec, sécateur désinfecté.
- Bouturer les gourmands coupés pour une récolte tardive.
- Effeuiller le bas progressivement, étêter au-dessus du 4e-5e bouquet début août en Bretagne.
Maëlle
Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.


