Trop de courgettes au potager : comment gérer l'abondance et ne rien perdre
Trop de courgettes au potager ? Congélation, bocaux, lacto-fermentation, recettes rapides : les méthodes testées à Lezavarn pour ne rien gaspiller.
Trop de courgettes au potager : comment gérer l’abondance et ne rien perdre
Le premier juillet à Lezavarn, j’avais trois plants de courgettes. Mi-juillet, j’en ramassais deux kilos par jour. Fin juillet, mes voisins ne répondaient plus à la porte quand ils me voyaient arriver avec un seau. C’est le problème classique du potager en été : gérer l’abondance de courgettes devient une tâche à part entière, autant que de les cultiver. Depuis, j’ai testé pas mal de méthodes — certaines franchement bonnes, d’autres moins. Voici ce qui fonctionne vraiment pour transformer ce surplus en réserves qui durent.
Récolter au bon moment : la première ligne de défense
La meilleure façon de ne pas se retrouver débordée, c’est de ne pas laisser les courgettes grossir. Une courgette récoltée à 15-20 cm est bien meilleure à manger, et le plant en produit davantage en retour — l’énergie va à de nouveaux fruits plutôt qu’à faire grossir ceux en place. En juillet-août en Finistère, ça veut dire passer au potager tous les deux jours minimum. Trois jours d’absence et la courgette devient une massue.
Ce que j’aurais dû faire dès le départ : étaler les plantations. Deux plants en mai, deux autres début juin. Le décalage de trois semaines lisse la production et évite la vague unique qui submerge tout en même temps. La deuxième année, j’ai appliqué ça avec les tomates en serre froide aussi — même principe, production étalée sur plus de semaines.
Si malgré tout vous vous retrouvez avec une récolte d’un coup, passez directement aux méthodes de conservation ci-dessous. Il n’y a pas de honte à ne pas tout manger frais.
Donner, partager, troquer : les premières semaines
Le réflexe de tout le monde, c’est de donner. C’est logique et ça marche — jusqu’à ce que vos voisins aient leurs propres courgettes, c’est-à-dire environ deux semaines après vous. En juillet, tout le monde dans les hameaux environnants est dans la même situation.
Ce qui fonctionne mieux que de frapper aux portes : poser un panier au bout de l’allée avec un mot “servez-vous”. Les gens qui passent prennent, sans qu’on ait à gérer les échanges. Ici, le panier disparaît en quelques heures en juillet.
Le troc avec des légumes différents est aussi une bonne option. Nos voisins, qui produisent eux-mêmes une bonne partie de ce qu’ils mangent, ont des haricots verts en quantité au moment où nos courgettes explosent. L’échange est naturel et les deux parties y trouvent leur compte.
Mais soyons honnêtes : donner et troquer ne règle pas le problème si vous avez trois plants en pleine forme. Il faut conserver.
Conserver les courgettes : les méthodes qui marchent vraiment
La congélation, méthode reine pour gérer l’abondance de courgettes
La congélation est de loin la plus pratique au quotidien. Elle ne demande pas de matériel spécial, et les courgettes congelées s’utilisent ensuite directement dans les soupes, gratins et ratatouilles d’hiver sans décongélation préalable.
En rondelles ou en dés : lavez et coupez les courgettes, puis blanchissez-les 1 minute dans l’eau bouillante. Plongez-les immédiatement dans un saladier d’eau glacée pour stopper la cuisson, égouttez-les et étalez-les sur une plaque recouverte de papier cuisson. Passage de 2 heures au congélateur avant de les transvaser en sachets — cette étape évite qu’elles se soudent entre elles. Durée de conservation : 10 à 12 mois.
Râpées crues : pressez les courgettes râpées dans un torchon propre pour enlever un maximum d’eau, puis conditionnez-les en portions de 150-200 g. Pratique pour les cakes salés, les galettes de légumes et les soupes. Pas besoin de blanchir.
En plats cuisinés : congeler directement de la ratatouille ou de la soupe de courgettes est encore plus efficace — la transformation est faite, il n’y a plus qu’à décongeler. En juillet, je fais tourner la cocotte en parallèle de la récolte. Trois kilos de courgettes + tomates + oignons + poivrons, et j’ai six portions de ratatouille pour cet hiver. Pour les tomates du jardin qui arrivent en même temps, c’est l’alliance parfaite.
Les bocaux : ratatouille stérilisée et courgettes marinées
La stérilisation en bocaux prend plus de temps que la congélation mais ne mobilise pas le congélateur, et les bocaux se gardent 18 mois à deux ans dans un cellier frais.
La ratatouille stérilisée, c’est notre stock hivernal le plus précieux. Courgettes + tomates + aubergines + poivrons + oignons, cuites à l’huile d’olive, remplies en bocaux à joint, 30 minutes au stérilisateur à 100°C. En décembre, un bocal ouvert avec des pâtes ou du riz, c’est réglé.
Les courgettes marinées à l’huile conviennent aux petites courgettes entières ou coupées en deux : blanchissez-les 2 minutes, égouttez-les sur un torchon, puis disposez-les en bocal avec ail, thym, laurier et couvrez d’huile d’olive. À conserver au réfrigérateur et consommer dans les 3 mois — ce ne sont pas des conserves stérilisées. Pour une conservation plus longue, l’aigre-doux (vinaigre blanc + sucre + sel + épices) fonctionne très bien avec les courgettes fermes.
La déshydratation, pour les amateurs patients
Couper les courgettes en rondelles fines (3 mm), les disposer sur la grille du four, 90°C, 4 heures, porte entrouverte. On obtient des chips de courgettes légères qui se conservent plusieurs mois dans un bocal hermétique. En hiver, elles se réhydratent dans les soupes ou se mangent telles quelles à l’apéritif.
Je ne vais pas vous promettre que c’est ma méthode préférée — honnêtement, le four occupé 4 heures en juillet pour 200 g de chips, c’est un calcul qui me convainc modérément. Mais pour les personnes qui ont un déshydrateur électrique, c’est beaucoup plus pratique.
La lacto-fermentation : simple, sans cuisson, et meilleure que prévu
J’ai découvert la lacto-fermentation par les choux — on en parle dans l’article sur la culture des choux bretons au potager — et j’ai fini par l’appliquer aux courgettes. Verdict honnête : ce n’est pas ma technique principale, mais c’est la plus rapide à mettre en place et elle ne demande aucune cuisson.
Le principe : les bactéries naturellement présentes sur les légumes fermentent dans un milieu salé, acidifient progressivement le bocal et conservent le contenu. Pas besoin de stérilisateur, pas besoin de congélateur.
La méthode :
- Coupez les courgettes en rondelles de 5 mm.
- Préparez une saumure : 20 g de sel non iodé par litre d’eau froide.
- Disposez les rondelles dans un bocal propre avec quelques gousses d’ail, une feuille de laurier, des grains de poivre.
- Couvrez de saumure, lestez pour que les courgettes restent immergées (une petite assiette ou un sachet d’eau fait l’affaire), fermez le bocal.
- Laissez 5 à 7 jours à température ambiante (18-22°C idéalement), puis transférez au frigo ou dans un cellier frais.
Les courgettes lacto-fermentées se conservent 3 à 6 mois au frais. Le goût est acidulé et croquant — différent de la courgette cuite, proche d’un cornichon végétal. Sur une planche de fromages, en accompagnement de charcuterie ou simplement avec du pain et du beurre breton, c’est très bon.

Que faire avec une courgette géante oubliée ?
Ça arrive à tout le monde : on part trois jours et on rentre avec une courgette de 50 cm qui ressemble à une bûche. Avant de la jeter, quelques options.
Si la chair est encore ferme (pas de zones molles, pas de graine trop grosse et trop dure), la courgette géante se cuisine très bien farcie. Coupez-la en deux dans la longueur, évidez les graines à la cuillère, farcissez avec ce que vous avez — riz + légumes + herbes + fromage de chèvre, ou une farce à base de pommes de terre et oignons fondus — et enfournez 40 minutes à 180°C. Nourrissant et sans rien perdre.
Si la peau est devenue épaisse et les graines très développées, récupérez quand même les graines. Si votre variété n’est pas un hybride F1 (sur les semences paysannes ou les variétés anciennes, c’est le cas), ces graines peuvent être séchées et replantées l’année suivante. Lavez-les, étalez-les sur une assiette et laissez-les sécher 2 à 3 semaines à l’air libre avant de les conserver dans une enveloppe au sec.
La chair très fibreuse d’une courgette trop mûre finit bien en soupe : mixez avec un oignon revenu, du cumin, du bouillon — la texture ne compte plus dès qu’elle est mixée.
Tableau récapitulatif des méthodes de conservation
| Méthode | Temps de préparation | Durée de conservation | Meilleur usage |
|---|---|---|---|
| Congélation en dés/rondelles | 20 min | 10-12 mois | Gratins, ratatouilles, soupes |
| Congélation râpées | 15 min | 10-12 mois | Cakes, galettes, soupes |
| Congélation en plats cuisinés | 45-60 min | 6-8 mois | Repas complets décongelés |
| Stérilisation (ratatouille) | 1h30 | 18-24 mois | Repas du cellier, hiver |
| Marinées à l’huile (frigo) | 30 min | 2-3 mois | Apéritif, antipasti |
| Aigre-doux en bocal | 30 min | 12 mois | Charcuterie, fromage |
| Déshydratation | 4-5h | 6-12 mois | Chips, soupe, réhydratation |
| Lacto-fermentation | 15 min + 7j fermentation | 3-6 mois | Crudités, planches |
Ce que j’ai mis en place à Lezavarn — bilan de trois étés
Après trois saisons à gérer l’abondance de courgettes au potager, voici ce qui s’est stabilisé dans notre routine.
La congélation en plats cuisinés est devenue notre colonne vertébrale. En juillet, je bloque deux ou trois matinées pour faire tourner des grandes fournées de ratatouille. L’année dernière, on a stérilisé 22 bocaux de ratatouille en plus — c’est ce qui a alimenté les dîners rapides de décembre à février sans qu’on ait à y penser.
La lacto-fermentation : deux bocaux par été, c’est ma limite. C’est bon, c’est simple, mais je ne suis pas encore à en faire des stocks de 10 bocaux. C’est une méthode que je recommande d’essayer au moins une fois — beaucoup de gens sont surpris que ça marche aussi facilement.
La déshydratation : j’ai essayé une fois, non répétée. Les chips ramollissent à l’humidité bretonne malgré le bocal hermétique, et l’opération prend trop de temps pour ce que ça donne. Votre expérience sera peut-être différente si vous avez un vrai déshydrateur.
Ce que j’ai arrêté de faire : courir après les voisins avec des courgettes. Le panier au bout du portail, oui. L’insistance non. Et surtout, depuis que je récolte à 15-20 cm systématiquement et que j’étale mes plantations sur trois semaines, la vague est moins brutale. On n’élimine pas le surplus — c’est la nature de la courgette — mais on le rend gérable.
Si vous êtes en train de vous lancer dans le potager en Bretagne, combiner courgettes, pommes de terre bretonnes et choux sur une même saison donne une cave bien remplie à l’automne. Chacun des trois se conserve différemment, et ensemble ils couvrent une bonne partie des repas d’hiver.
Maëlle
Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.


