Notre système de compostage à la ferme : zéro déchet, amendement gratuit
Comment faire du compost avec un système 3 bacs à la ferme ? Recettes, erreurs et résultats honnêtes après 5 ans de compostage à Lezavarn, Finistère.
Quand on a démarré le potager à Lezavarn, on achetait du terreau et du compost en sac à la jardinerie. Vingt euros par sac, trois à quatre sacs par saison. Ça fait mal au portefeuille et c’est absurde : on avait des épluchures, de la tonte, des feuilles mortes, des mauvaises herbes — toute la matière organique dont on avait besoin. Elle partait à la benne verte.
Aujourd’hui, notre compostage maison tourne en système de ferme à 3 bacs : une production continue d’amendement, zéro déchet organique à évacuer, et un sol qui s’améliore chaque année. Ce que j’explique ici, c’est exactement ce qu’on fait — les quantités, les ratios, les erreurs qu’on a mis du temps à corriger.
Pourquoi 3 bacs et pas un composteur classique
Le composteur en plastique à couvercle, on a essayé. C’est le modèle distribué par les communes, pratique, compact. Le problème : au bout de six mois, on avait un bloc compact et humide dans le bas, du frais non décomposé sur le dessus, et rien au milieu. Pour retourner, il fallait vider entièrement le bac, mélanger à côté, remettre. Un calvaire.
Le système à 3 bacs résout ça structurellement. Chaque bac correspond à une phase de décomposition :
- Bac 1 — les apports frais. On y met tout ce qui arrive : épluchures, tonte, marc de café, carton déchiqueté, mauvaises herbes non montées en graine.
- Bac 2 — la fermentation active. On bascule le contenu du bac 1 quand il est plein. La chaleur monte ici (jusqu’à 55-60 °C si le ratio bruns/verts est bon), les pathogènes meurent, la décomposition s’accélère.
- Bac 3 — la maturation. Le compost en fin de transformation y repose 4 à 6 semaines. C’est là qu’il devient stable, avec cette odeur de sous-bois qu’on attend.
Quand le bac 3 est vidé sur le potager, on fait tout avancer d’un cran : 2 → 3, 1 → 2, et le bac 1 recommence. Une rotation continue.
Notre installation : les 3 bacs de Lezavarn
Yann a construit les bacs en planches de douglas non traité — le douglas tient bien à l’humidité sans produit chimique. Chaque bac fait 80 cm × 80 cm × 80 cm, soit environ 500 litres de volume utile. Pour un jardin de notre taille, c’est ce qu’il faut : ni trop petit (le compost ne chauffe pas si le volume est insuffisant), ni trop grand (on ne le remplit jamais).
Les planches sont assemblées avec des tasseaux vissés, les lattes légèrement espacées pour l’aération. Le fond est ouvert sur la terre — c’est intentionnel, pour que les vers de terre remontent naturellement dans la masse.
L’installation est adossée au mur nord du potager, mi-ombre. Le soleil direct en été dessèche trop vite ; l’ombre totale ralentit la décomposition. Mi-ombre, c’est le bon compromis en Finistère.

La recette du compost actif : le ratio bruns/verts
C’est là que la plupart des gens se trompent, et on a mis presque un an à comprendre pourquoi notre compost restait mou et sans chaleur. La règle : 1 volume de matières vertes pour 2 volumes de matières brunes, en alternant couche par couche.
Matières vertes (azotées, humides) :
- Épluchures de légumes et de fruits
- Tonte de pelouse
- Marc de café, sachets de thé
- Fanes de légumes du potager (tomates, carottes, haricots)
- Mauvaises herbes non grainées
Matières brunes (carbonées, sèches) :
- Carton ondulé déchiqueté (pas de carton avec impression plastifiée)
- Feuilles mortes séchées
- Paille
- Broyat de taille — Yann passe les petites branches à la broyeuse
- Papier journal non couché
La bonne façon de visualiser : chaque fois qu’on apporte des épluchures (une bassine de 5 litres, disons), on recouvre avec le double en volume de matières sèches. En Bretagne, l’humidité est naturellement élevée, donc on a tendance à forcer sur les bruns plutôt qu’à les limiter.
Un bon compost qui chauffe dégage une vapeur légère en le remuant. Si ça sent la pourriture, trop de verts. Si rien ne se décompose, pas assez de verts ou trop sec — arrosez légèrement.
Si vous démarrez votre potager en Bretagne, les bases du sol et de la fertilisation sont à connaître dès le départ. Le compostage s’intègre dans cette logique dès la première année.
Ce qu’on y met à la ferme : le flux réel de matières
On a 3 poules, 2 lapins, un potager de légumes, une pelouse, des haies et une cuisine active. Voilà ce que ça génère :
Du jardin :
- Fanes de tomates en fin de saison (septembre-octobre) — on en a des brouettes entières
- Tiges de haricots, feuilles de courges
- Mauvaises herbes arrachées avant grainage — on les met directement car le compost chaud détruit les graines (si la fermentation est bonne)
- Tonte de pelouse, en fines couches pour éviter le matage
- Broyat de taille de haies en automne
De la cuisine :
- Toutes les épluchures (légumes, fruits)
- Marc de café — on en produit beaucoup, c’est un excellent activateur
- Coquilles d’œufs écrasées (les poules les recrachent de toute façon)
- Carton des livraisons, déchiqueté à la main ou au broyeur si grosse quantité
Ce qu’on n’y met jamais :
- Viande, poisson, produits laitiers — odeurs fortes, attractivité pour les nuisibles
- Agrumes en grande quantité — ils acidifient et repoussent les vers (un peu, c’est ok)
- Les déjections de poules directement fraîches — trop d’azote, ça brûle. On les compostone mélangées à de la paille, après une semaine de séchage dans le poulailler
Cette question revient souvent : peut-on mettre la litière des lapins ? Oui, sans problème. Foin + crottes de lapins, c’est un mélange bruns/verts quasi parfait. On l’incorpore directement au bac 2 lors des retournements.
Le retournement : la gestuelle qui change tout
Un compostage maison qui fonctionne demande qu’on intervienne toutes les 2 à 3 semaines. On prend la fourche-bêche et on retourne le contenu du bac 2 sur lui-même — on remonte ce qui était en bas, on aère. Dix minutes de boulot, pas plus.
C’est ce retournement qui oxygène la masse et relance l’activité microbienne. Sans retournement, on obtient du compost froid — ça marche quand même, mais en 18 mois au lieu de 4-6.
Le bon timing pour basculer du bac 1 vers le bac 2 : quand le bac 1 est rempli aux deux tiers et que les apports du bas commencent à noircir. En général, chez nous, c’est 4 à 5 semaines selon la saison. En été, ça va plus vite. En hiver, on peut attendre 8 semaines sans problème — le froid ralentit tout.
La question de quand apporter les amendements au sol est étroitement liée au cycle du compost : on vise une maturité en mars-avril pour l’épandage de printemps, et en septembre pour la préparation des planches d’hiver.
Ce qu’on tire du système : amendement et économies
On vide le bac 3 deux fois par an. Printemps (mars) et automne (octobre). En moyenne, un cycle complet du bac 3 donne 250 à 300 litres de compost mûr — soit 4 à 5 brouettes.
Sur nos planches de potager, on en répand une couche de 3 à 4 cm. Les planches à tomates, courgettes et courges en reçoivent le plus : ce sont les plus gourmandes. Les légumes-racines (carottes, panais) reçoivent du compost mûr de l’année précédente pour éviter que les racines ne fourchent dans une matière trop riche.
Ce que ça remplace en coût direct :
- Compost en sac à la jardinerie : 12-18 €/50 litres. Pour 550 litres par an, ça fait 130 à 200 € économisés.
- Engrais azoté — le compost apporte un azote lent, libéré progressivement. On n’achète plus de granulés d’appoint depuis trois ans.
- Tourbe — on n’en utilise plus du tout. Le compost jeune (moins mûr) remplace la tourbe en mélange terreau pour les semis.
Le sol du potager a aussi changé de texture. À l’arrivée à Lezavarn, la terre était compacte, argileuse, mal drainée. Cinq ans de compostage régulier et d’incorporation en surface : elle s’effrite maintenant, elle sent bon, les vers de terre y sont nombreux. C’est lent, mais c’est visible.
Les erreurs qu’on a faites (et qu’on voit souvent)
Trop d’épluchures de cédrats et d’agrumes. Pendant deux ans, on jetait tout dans le bac sans trier. Les agrumes acidifient et repoussent les vers. Depuis qu’on les limite à moins de 10 % des apports verts, le compost est plus actif.
Le carton plastifié. Les boîtes de pizzas ou les emballages brillants, ça ne se décompose pas. On a retrouvé des morceaux intacts dans le compost mûr pendant longtemps. Désormais, seul le carton ondulé nu passe dans le bac.
La paille en trop grande quantité. On avait l’impression que plus de bruns = mieux. Faux : une couche de paille trop épaisse crée une barrière imperméable. Maximum 10 cm entre deux couches.
Remplir le bac 1 en vrac sans alterner. Toute la tonte d’une journée de jardinage d’un coup, ça fait une couche verte compacte qui mat et moisit. La tonte doit être incorporée par petites couches de 5 cm max entre deux couches de bruns.
Ne pas couvrir le bac 1 en hiver. Le lessivage par la pluie (et il pleut à Lezavarn) emporte les éléments nutritifs. Depuis qu’on couvre d’un carton ou d’une vieille bâche quand c’est trop pluvieux, on préserve mieux la qualité.
Faut-il un activateur de compost ?
Les activateurs commerciaux vendus en jardinerie (poudre de roche, fumier séché en granulés) : on en a acheté les deux premières années. On a arrêté. Si le ratio bruns/verts est correct, si on retourne régulièrement, et si on garde le compost humide sans être détrempé, la microfaune se régule d’elle-même.
Ce qui fonctionne vraiment comme activateur naturel : le marc de café (actif, riche en azote), les orties fraîches hachées (idem), et… les déjections de poules mélangées à de la paille. Ce qu’on a en abondance.
Si votre compost ne chauffe pas malgré un bon ratio, vérifiez l’humidité avant d’ajouter quoi que ce soit : pressez une poignée de compost dans la main. Elle doit être humide mais ne pas dégouliner. En Bretagne, le problème est souvent inverse en automne — le compost est trop mouillé et manque d’air, pas trop sec.
Côté planification, regarder le calendrier des semis du mois par mois aide à anticiper les besoins en amendements selon ce qu’on va planter et quand.
Ce système convient-il à tout le monde ?
Trois bacs de 500 litres, ça prend 2,5 m² au sol. Ce n’est pas pour un appartement ni pour un jardin de 20 m². Mais pour un potager de 100 m² ou plus, c’est dimensionné correctement.
Pour un plus petit potager, deux bacs de 300 litres suffisent : un actif, un en maturation. Pas de troisième bac pour les apports frais, on les intègre directement au bac actif en couches.
Pour une production vraiment intensive ou une grande propriété, des tas en plein air (3 m × 2 m × 1,5 m minimum pour que ça chauffe) sont plus adaptés. La fourche remplace les bacs. C’est ce que font nos voisins avec leur exploitation maraîchère.
Ce qu’on ne dira pas : que ce système est universel ou qu’il suffit de suivre la méthode à la lettre pour que ça marche du premier coup. Le compostage, ça s’apprend par observation. On rate les premières fournées, on ajuste. C’est une des rares choses au jardin où les erreurs ne coûtent rien — au pire, on obtient du compost médiocre, pas de catastrophe.
Maëlle
Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.


