Logo La Ferme de Lezavarn La Ferme de Lezavarn
Potager & verger · · 10 min de lecture

Bouturer sauge, romarin, géranium, lierre : méthode et calendrier

La bouture de lierre reprend presque à tous les coups. La méthode plante par plante pour le romarin, la sauge, le géranium et le figuier, plus le calendrier.

Mains plaçant des boutures de tige aux racines blanches dans des bouteilles d'eau sur une table en bois

Chez nous, à Lezavarn, la première plante que j’ai multipliée sans rien y connaître, c’est le lierre. Un bout de tige oublié dans un pot de confiture rempli d’eau sur le rebord de la fenêtre, et trois semaines plus tard il avait des racines blanches. Depuis, chaque fin d’été, je bouture mes aromatiques et les géraniums du balcon, avec des fortunes diverses selon les années.

Réponse courte : la bouture de tige fonctionne pour le lierre, la sauge, le romarin et le géranium (son vrai nom est pélargonium), et le figuier de barbarie se multiplie lui par raquette entière. La bonne période pour les plantes semi-ligneuses, c’est de fin août à septembre, quand le bois de l’année commence à durcir sans être encore cassant. Comptez un taux de reprise de 90 % et plus pour le lierre et la sauge, plutôt 50 à 70 % pour le romarin tant qu’on n’a pas pris le coup de main, et proche de 100 % pour la raquette de figuier de barbarie si on respecte le temps de séchage.

Une chose joue en notre faveur en Bretagne : l’air reste humide une bonne partie de l’année, et les boutures aiment ça. Une chose joue contre nous : notre terre garde l’eau, et une bouture qui baigne finit par pourrir. Si vous jardinez déjà avec un sol qui ne se ressuie jamais vraiment, vous voyez le problème. Tout l’enjeu du bouturage, ici, tient dans un mot : le drainage.

La méthode de base

Avant d’entrer plante par plante, voici le socle commun. Il vaut pour les cinq, à quelques réglages près.

Les trois types de bouture

On parle de bouture herbacée quand on prélève une tige jeune, encore tendre et verte sur toute sa longueur : c’est le cas du lierre au printemps, ou d’une pousse de sauge en début de saison. Ça s’enracine vite mais ça flétrit vite aussi si on n’y prend pas garde.

La bouture semi-ligneuse (ou semi-aoûtée) se prélève en fin d’été sur du bois de l’année qui a commencé à brunir à la base tout en restant souple au bout. C’est le meilleur compromis, et c’est la bonne fenêtre pour le romarin, la sauge et le géranium.

La bouture ligneuse utilise du bois dur de l’année passée, prélevé en automne ou en hiver. Le lierre s’y prête très bien, en pleine terre sous châssis. Le romarin, en revanche, déteste ça : le vieux bois ne fait quasiment jamais de racines.

Prélever et préparer la tige

Prenez un fragment de 10 à 15 cm, coupé net juste sous un nœud (le renflement d’où partent les feuilles), avec un sécateur propre passé à l’alcool. C’est au niveau des nœuds que se forment les racines, il en faut donc au moins deux ou trois sur la longueur enterrée.

Effeuillez la moitié basse de la tige. Gardez 2 à 3 feuilles au sommet, pas plus : la bouture n’a pas encore de racines pour alimenter un grand feuillage, et chaque feuille en trop est de l’eau qu’elle perd par transpiration. Si les feuilles restantes sont grandes, coupez-les en deux dans le sens de la largeur.

Hormone de bouturage : utile ou pas

Pour le lierre et la sauge, elle ne sert à rien : ils racinent tout seuls. Pour le romarin, un peu de poudre d’hormone sur la coupe fait grimper le taux de reprise, sans être indispensable. Pour le géranium et le figuier de barbarie, surtout pas : ces deux-là ont besoin que la plaie sèche à l’air, et l’hormone humide favorise la pourriture. Une alternative maison qui marche bien : tremper la base dans de l’eau où a macéré un rameau de saule pendant deux jours.

Substrat, humidité, lumière

Le substrat doit filer l’eau sans la retenir. Mon mélange par défaut : deux tiers de terreau, un tiers de sable grossier ou de perlite. Pour le romarin, je passe à moitié-moitié. Pour le figuier de barbarie, c’est du terreau spécial cactées, encore plus minéral.

Les boutures à feuilles (lierre, sauge, romarin) apprécient une atmosphère humide le temps de raciner : un sac plastique transparent posé sur le pot sans toucher les feuilles, ou une mini-serre, avec une aération d’une minute par jour pour éviter la moisissure. Les boutures grasses (géranium, figuier) veulent l’inverse : aucune cloche, de l’air qui circule, sinon elles noircissent à la base.

Placez le tout à la lumière vive mais sans soleil direct, à 18-20 °C. Un rebord de fenêtre au nord, une véranda non chauffée, le bord d’une serre froide : ça convient. Le plein soleil cuit la bouture avant qu’elle ne racine.

Patience et repiquage

Ne tirez jamais sur une bouture pour vérifier. Le signe qui ne trompe pas, c’est l’apparition de nouvelles pousses au sommet : ça veut dire que les racines travaillent. Comptez 2 à 3 semaines pour le lierre dans l’eau, 3 à 4 semaines pour le romarin et la sauge, 3 à 6 semaines pour le géranium. Rempotez en godet individuel quand les racines font 2 à 4 cm, puis laissez encore un mois avant la pleine terre.

Main coupant une tige de romarin au sécateur sur un pied bien fourni

Bouturer le lierre

C’est le plus facile des cinq, celui par lequel commencer si vous n’avez jamais bouturé. La bouture de lierre réussit dans l’eau comme en terre, et à peu près toute l’année, avec deux pics : de mars à mai sur tige encore tendre, et d’octobre à novembre sur bois aoûté.

Dans l’eau : coupez une tige de 15 cm sous un nœud, retirez les feuilles du bas, plongez la partie nue dans un verre d’eau du robinet, à la lumière sans soleil direct. Changez l’eau tous les trois ou quatre jours. Les premières racines blanches sortent en quelques jours à deux semaines. Repiquez en terre quand elles atteignent 3 à 4 cm : plus longues, elles supportent mal la transition et cassent.

En terre : même préparation, mais on enfonce directement la tige de 4 à 5 cm dans un mélange drainant, en tassant autour du nœud. Trois ou quatre boutures par pot, sac plastique par-dessus. C’est la méthode à privilégier en automne, sous châssis froid, pour des plants costauds au printemps.

Une distinction utile : le lierre grimpant (Hedera helix, celui qui court sur les murs) se bouture les doigts dans le nez sur ses tiges rampantes non fleuries. Le lierre dit des jardins, plus buissonnant, ou les tiges âgées qui ont déjà porté des fleurs, sont bien plus capricieux : ils font des racines lentement et donnent des plants qui gardent un port arbustif. Prélevez toujours sur les tiges jeunes qui rampent au sol. Le bois trop ligneux, gris et dur, ne prend quasiment pas : chez moi, sur une série faite avec de vieilles tiges, aucune n’a raciné.

Bouturer la sauge

La sauge se bouture aussi bien qu’elle soit officinale (la sauge aromatique du potager) ou ornementale (les sauges à fleurs du massif). La fenêtre large va de mai à septembre, avec une préférence pour les tiges semi-aoûtées de fin d’été : elles ont assez de réserves pour passer l’automne.

Prélevez un rameau de 10 cm à l’extrémité d’une pousse, sans fleur. Pincez le bout tendre s’il est encore mou. Effeuillez la moitié basse, gardez deux paires de feuilles en haut. Pas d’hormone. Plantez dans du terreau sableux, arrosez une fois pour tasser, puis maintenez juste humide.

La sauge officinale racine en 3 à 4 semaines et supporte de rester dehors à l’abri des pluies battantes. Les sauges vivaces frileuses, elles, gagnent à passer l’hiver en godet sous abri hors gel, pour être plantées au printemps suivant. Petit avantage de la bouture de fin d’été : vous sécurisez la plante avant l’hiver, au cas où le pied mère grille pendant une vague de froid humide.

Bouturer le romarin

Le plus capricieux du lot, celui qui m’a fait rater trois séries avant que ça marche. Le problème n’est presque jamais la tige, c’est l’excès d’eau : le romarin vient du pourtour méditerranéen, il pourrit à la base dès que le substrat reste détrempé plus de quelques jours. Sous notre climat, c’est le piège numéro un.

Deux règles qui changent tout. D’abord, le bon bois : ni la pousse verte et molle du bout (elle flétrit), ni le vieux bois brun et dur de l’an dernier (il ne racine pas). Il faut la portion intermédiaire, le bois de l’année qui commence tout juste à se lignifier, souple mais qui ne se plie plus comme un fil. La bonne période va de la mi-juillet à septembre.

Ensuite, le substrat : moitié sable de rivière, moitié terreau, dans un petit godet, jamais posé sur une coupelle. On arrose une seule fois à la plantation, puis on laisse la surface sécher entre deux apports. La bouture de romarin préfère avoir soif que les pieds mouillés. Lumière vive, pas de soleil direct, et une cloche seulement si l’air est très sec, sinon rien.

Les boutures de romarin s’enracinent en 3 à 4 semaines. Sur une bonne série, dans ces conditions, on approche les 100 % de reprise. Sur une série faite au printemps dans du terreau trop riche et trop humide, comme mes premières, on tombe à une bouture sur cinq. Le romarin dans l’eau, souvent conseillé, marche pour démarrer des racines mais donne des plants fragiles à la transition : je ne le fais plus.

Bouturer le géranium

Le géranium du balcon, le pélargonium, se bouture pour une raison très pratique : garder ses plus belles variétés d’une année sur l’autre sans racheter de plants au printemps. On le fait de fin août à septembre, tant que la plante est encore en croissance active, pour hiverner de petits pieds racinés au sec plutôt que des grosses touffes encombrantes.

Coupez une tige de 8 à 10 cm juste sous un nœud, avec deux ou trois feuilles au sommet. Retirez toutes les fleurs et les boutons, ils épuiseraient la bouture. Point clé, contre-intuitif : laissez la coupe sécher à l’air, à l’ombre, une à deux heures. Il se forme un petit cal au niveau de la plaie, et c’est la meilleure barrière contre la pourriture noire qui attaque la base des boutures de pélargonium.

Plantez ensuite dans du terreau à peine humide, sans hormone, sans cloche. Le pélargonium a horreur de l’air confiné : sous plastique, il attrape la pourriture grise en trois jours. Attendez que la terre soit sèche en surface avant de redonner un peu d’eau, de préférence par le bas. Racines en 3 à 6 semaines. Hivernage à 8-12 °C, très peu arrosé, reprise de la végétation en mars.

Bouturer le figuier de barbarie

Le figuier de barbarie ne se bouture pas par tige mais par raquette entière, la palette aplatie qui stocke l’eau. C’est déconcertant de simplicité. Le meilleur moment est le mois d’août, mais en région douce ça marche presque toute l’année.

Avec des gants épais (les glochides, ces petits poils piquants, sont pénibles à retirer de la peau), détachez une raquette ferme et saine à sa jonction avec la précédente, en la faisant jouer ou en coupant net au couteau propre. Posez-la ensuite à plat dans un endroit sec, lumineux et à l’ombre, pendant 1 à 2 semaines, le temps que la coupe cicatrise et forme une croûte sèche. Sauter cette étape, c’est la pourriture assurée.

Plantez la raquette verticalement, enterrée de 3 à 5 cm seulement, dans un substrat très minéral (deux tiers de sable grossier, un tiers de terreau). Calez-la avec un tuteur si elle bascule. Presque pas d’arrosage : un léger apport au bout de deux ou trois semaines, quand des racines se sont formées. Les premières pousses apparaissent après 3 à 4 semaines. En pleine terre, réservez-lui l’endroit le plus sec et le plus caillouteux du jardin, contre un mur au sud.

Le calendrier des boutures

Je range ce tableau à côté de mon calendrier de semis mois par mois, il sert au même moment de l’année.

PériodePlanteType de bouture
Mars à maiLierreTige herbacée, dans l’eau ou en terre
Mai à juinSaugeJeune pousse tendre, sans fleur
JuilletGéraniumTige semi-aoûtée, pour des pieds forts au printemps
Mi-juillet à septembreRomarinBois de l’année qui commence à se lignifier
AoûtFiguier de barbarieRaquette entière, après séchage de la coupe
Août à septembreSaugeTige semi-aoûtée, sécurise le pied avant l’hiver
Fin août à septembreGéraniumTige de fin d’été pour hiverner au sec
Octobre à novembreLierreTige aoûtée, en terre sous châssis froid

Fin août est le moment le plus chargé : c’est la fenêtre commune au romarin, à la sauge et au géranium. Si vous ne deviez retenir qu’une session de bouturage dans l’année, ce serait celle-là. C’est le principe qui vaut aussi pour multiplier les fraisiers par leurs stolons, on profite de la fin de saison pendant que la plante a encore de l’énergie à donner.

Les ratés classiques

La bouture pourrit à la base, elle noircit et se ramollit. C’est un excès d’eau, neuf fois sur dix. Substrat trop riche ou trop tassé, arrosage trop fréquent, coupelle sous le pot, cloche gardée sur un géranium. Reprenez avec un mélange plus sableux, arrosez une fois puis laissez sécher la surface, et retirez tout ce qui retient l’eau.

La bouture se dessèche, les feuilles frisent et tombent alors que la tige est encore verte. L’air est trop sec pour une bouture qui n’a pas encore de racines. Mettez un sac plastique transparent (sauf géranium et figuier), réduisez le feuillage de moitié, éloignez du chauffage et du soleil direct.

La bouture fait de nouvelles feuilles mais toujours pas de racines quand on la sort du pot. Souvent, on l’a sortie trop tôt : les premières pousses peuvent apparaître avant que le système racinaire soit vraiment installé, et chaque manipulation casse les radicelles naissantes. Ne vérifiez jamais avant 4 semaines, et jugez à la résistance douce quand vous tirez très légèrement, pas en déterrant.

Le lierre racine dans l’eau puis stagne une fois en terre. Racines d’eau et racines de terre ne sont pas les mêmes. Repiquez tôt, quand elles font 3 à 4 cm, dans un substrat léger, et gardez humide la première quinzaine le temps qu’il fabrique ses vraies racines.

FAQ

Peut-on bouturer dans l’eau tout le temps ? Le lierre, oui, sans souci. La sauge et le romarin démarrent aussi dans l’eau mais donnent des plants plus fragiles à la mise en terre : préférez le substrat drainant. Le géranium et le figuier de barbarie, jamais dans l’eau, ils pourrissent.

Faut-il de l’hormone de bouturage ? Pas pour le lierre ni la sauge, ils racinent seuls. Optionnelle pour le romarin, où elle améliore un peu le taux de reprise. À proscrire pour le géranium et le figuier de barbarie, qui ont besoin d’une coupe sèche.

Combien de temps pour voir des racines ? Lierre dans l’eau : quelques jours à 2 semaines. Sauge et romarin : 3 à 4 semaines. Géranium : 3 à 6 semaines. Figuier de barbarie : 3 à 4 semaines après la période de séchage.

Quand repiquer une bouture racinée ? Dès que les racines mesurent 2 à 4 cm, en godet individuel avec du terreau. Attendez encore trois à quatre semaines, le temps que le godet soit bien colonisé, avant de planter en pleine terre ou en jardinière définitive.

M

Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.