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Lacto-fermentation : choucroute, kimchi et betteraves — trois recettes pour se lancer

Lacto-fermentation légumes : 3 recettes testées à Lezavarn. Choucroute, kimchi maison, betteraves. Proportions, durées et erreurs à éviter.

Trois bocaux de lacto-fermentation alignés sur un plan de travail en granit : choucroute ivoire, kimchi rouge-orange, betteraves violet profond

Lacto-fermentation : choucroute, kimchi et betteraves — trois recettes pour se lancer

La première fois que j’ai essayé de faire de la choucroute, j’ai obtenu un bocal de chou gris-verdâtre avec une pellicule blanche en surface et une odeur qui m’a fait douter de tout. J’ai tout jeté. Puis j’ai recommencé, en comprenant mieux ce qui se passait — et depuis, on ouvre entre dix et quinze bocaux lactofermentés par hiver à Lezavarn.

La lacto-fermentation des légumes est la méthode de conservation la plus simple qui existe : pas de stérilisation, pas de vinaigre, pas de congélateur. Du sel, des légumes, un bocal et du temps. Mais comme pour beaucoup de choses simples, les détails comptent. Ce guide présente trois recettes de lacto-fermentation légumes de base — choucroute, kimchi et betteraves — avec les proportions exactes et les points qui font vraiment la différence entre un bocal réussi et un bocal raté.

Ce qu’il faut comprendre avant de commencer

La lacto-fermentation repose sur les bactéries lactiques naturellement présentes sur la peau des légumes. Ces bactéries consomment les sucres des légumes et produisent de l’acide lactique, qui abaisse le pH et bloque le développement des bactéries pathogènes. Le sel joue deux rôles : il extrait l’eau des légumes (qui devient la saumure), et il sélectionne les bactéries utiles en éliminant les indésirables dès les premières heures.

Le ratio de sel est le facteur le plus important. Trop peu — moins de 1,5 % du poids des légumes — et les mauvaises bactéries prennent le dessus. Trop — au-delà de 3 % — et la fermentation est bloquée dès le départ. La zone idéale pour la plupart des légumes est entre 2 % et 2,5 % de sel par rapport au poids brut.

Quelques points non négociables avant de se lancer :

  • Utilisez des légumes frais et, dans l’idéal, non traités — les résidus de pesticides perturbent les bactéries lactiques. Nos choux et betteraves du potager fermentent mieux que ceux achetés.
  • Le sel doit être sans iode et sans anti-agglomérant. Le sel de mer gris ou le sel de Guérande fonctionnent parfaitement — c’est ce qu’on utilise.
  • Les légumes doivent rester sous la saumure pendant toute la fermentation. L’air est l’ennemi : c’est l’exposition à l’oxygène qui crée les moisissures.
  • La température idéale est entre 18 °C et 22 °C. En Bretagne, l’automne convient parfaitement — ni trop chaud ni trop froid.

Pour les bocaux, j’utilise des bocaux Le Parfait avec joint caoutchouc, qui laissent sortir les gaz de fermentation sans laisser entrer l’air. Vous pouvez aussi fermer un bocal à vis en laissant le couvercle légèrement desserré les premiers jours, puis le fermer hermétiquement ensuite — mais c’est plus risqué. Pour tout ce qui est stérilisation et préparation des bocaux, je décris ma méthode de préparation des bocaux pour les conserves dans un article dédié.

Recette 1 — La choucroute maison simple

La choucroute est la meilleure recette pour commencer : un seul légume, peu de variables, résultat fiable. C’est aussi la base de toute compréhension de la lacto-fermentation.

Ingrédients pour un bocal de 1 litre :

  • 800 g à 1 kg de chou blanc (poids net après avoir retiré les feuilles extérieures)
  • 20 g de sel de mer sans iode (soit 2 % du poids du chou)

Préparation :

Retirez les deux ou trois feuilles extérieures du chou et réservez-en une — elle servira à bloquer le chou dans le bocal. Coupez le chou en quatre, retirez le trognon, puis émincez finement : des lanières de 2 à 3 mm d’épaisseur idéalement. Plus c’est fin, plus la fermentation démarre rapidement.

Pesez le chou émincé et calculez 2 % de ce poids en sel. Mélangez le chou et le sel dans un grand saladier en malaxant à la main pendant 8 à 10 minutes, jusqu’à ce que le chou ramollisse et rende une quantité visible de jus. Ce jus, c’est votre saumure naturelle.

Tassez le chou dans le bocal en appuyant fortement après chaque couche pour qu’il soit compacté et que le jus remonte. L’objectif est que le chou soit entièrement submergé sous son propre jus. Pliez une grande feuille de chou réservée et glissez-la en surface pour maintenir les lanières sous la saumure. Fermez le bocal.

Fermentation :

Posez le bocal dans une assiette creuse — la fermentation produit des gaz et la saumure peut déborder les premiers jours. Laissez à température ambiante (18-22 °C) pendant 7 jours minimum. Goûtez à partir du 7e jour : la choucroute doit être légèrement acidulée et encore croquante. Pour une choucroute plus fermentée et plus tendre, prolongez jusqu’à 3 semaines. Une fois le goût satisfaisant, transférez au réfrigérateur.

Saladier de chou blanc émincé avec sel de mer gris pour lacto-fermentation, jus formé au fond, balance et sel de Guérande posés sur une table en bois de ferme

La choucroute se garde plusieurs mois au frais. Elle gagne même en saveur avec le temps.

Recette 2 — Le kimchi maison lactofermenté (version adaptée)

Le kimchi est un condiment fermenté coréen à base de chou et de piment. La version qu’on fait ici n’est pas le kimchi traditionnel — on ne trouve pas facilement de gochugaru (piment coréen en poudre) en Finistère, et la sauce de poisson n’est pas dans nos habitudes. Ce que je décris est un kimchi maison lactofermenté qui reprend les bases : chou pe-tsaï, ail, gingembre, piment. Plus accessible et tout aussi fermenté.

Ingrédients pour un bocal de 1 litre :

  • 800 g de chou pe-tsaï (chou chinois, aussi appelé chou napa)
  • 20 g de sel (2 % du poids)
  • 3 gousses d’ail écrasées
  • 1 cm de gingembre frais râpé
  • 1 cuillère à soupe de piment en flocons (ajustez selon votre tolérance)
  • 2 oignons verts finement émincés
  • 1 cuillère à café de sucre (pour activer la fermentation — facultatif mais utile si votre cuisine est fraîche)

Préparation :

Coupez le chou pe-tsaï en quartiers, puis en tronçons de 3 à 4 cm. Salez, mélangez et laissez reposer 1 à 2 heures pour que le chou ramollisse et rende son eau. Cette étape s’appelle la saumurage à sec. Rincez ensuite rapidement sous l’eau froide et pressez bien le chou pour enlever l’excès de sel — c’est important, sinon le kimchi sera trop salé.

Mélangez l’ail, le gingembre, le piment, les oignons verts et le sucre pour former une pâte grossière. Incorporez cette pâte au chou en malaxant à la main (portez des gants si vous êtes sensible au piment). Tassez dans le bocal en appuyant fort pour éliminer les poches d’air. La saumure doit remonter au-dessus du chou.

Fermentation :

Le kimchi fermente plus vite que la choucroute grâce au sucre et aux aromates. À 20 °C, il est pétillant et légèrement acidulé en 3 à 5 jours. Après ce premier stade actif, placez-le au réfrigérateur : il continue de fermenter lentement pendant des semaines et se complexifie. On préfère le manger entre 1 et 3 semaines après la mise au frais.

Une chose que j’ai apprise : ouvrez le bocal une fois par jour les deux premiers jours pour laisser sortir les gaz et appuyer sur le chou — c’est ce que les Coréens appellent kimjang. Ça évite les débordements et améliore l’uniformité de la fermentation.

Recette 3 — Betteraves lactofermentées

Les betteraves sont le légume le plus facile à faire fermenter, paradoxalement, parce qu’elles ne nécessitent pas de malaxage — leur forte teneur en sucre suffit à lancer la fermentation. Le résultat est acidulé, légèrement terreux, d’un rouge profond. On en sert souvent avec du fromage blanc ou en salade d’hiver.

Ingrédients pour un bocal de 1 litre :

  • 600 à 700 g de betteraves crues (pas cuites — la cuisson détruit les bactéries)
  • 15 g de sel (2 % environ par rapport au volume de saumure préparé)
  • 500 ml d’eau non chlorée (eau de source ou eau du robinet laissée 30 minutes à l’air)

Préparation :

Contrairement à la choucroute, les betteraves fermentent en saumure liquide plutôt qu’en malaxage à sec. Pelez et coupez les betteraves en rondelles fines (5 mm) ou en bâtonnets. Dissolvez le sel dans l’eau pour préparer une saumure à 2 %. Remplissez le bocal avec les betteraves tassées, versez la saumure jusqu’à 2 cm du bord. Les betteraves doivent être entièrement submergées — caillez-les avec une rondelle de la même betterave retournée si elles remontent.

Fermentation :

La betterave fermente plus lentement que le chou. Comptez 2 à 3 semaines à température ambiante avant d’obtenir un résultat vraiment fermenté. La saumure va se teinter d’un rose-violet profond dès les premiers jours — c’est normal et très beau. Des bulles légères apparaîtront entre le 3e et le 5e jour : signe que la fermentation est bien lancée.

Goûtez à partir de la 2e semaine. La betterave lactofermentée doit avoir une légère acidité, rester ferme et avoir perdu son goût de betterave crue sans être molle. Une fois au frais, elle se conserve 4 à 6 mois sans problème.

Cette recette fonctionne aussi très bien avec des navets — on ajoute parfois une rondelle de betterave dans un bocal de navets juste pour la couleur. Le jus de fermentation de betterave est un probiotique concentré en lui-même.

Les ratés qui m’ont appris quelque chose

Ma première choucroute avait une pellicule blanche en surface et une odeur âcre. J’ai tout jeté, pensant que c’était raté. C’était une erreur : cette pellicule est souvent un film de levures (Kahm yeast), inoffensif et très courant sur les premières fermentations. On l’enlève à la cuillère et on continue. Ce n’est ni du moisi ni un signe de contamination.

La vraie moisissure ressemble à du velours — verte, bleue, noire ou rose, avec une texture floue. Si vous en voyez, là c’est raté : jetez sans hésiter. Ça m’est arrivé une fois, avec un bocal dont le joint était abîmé.

Les deux causes les plus fréquentes d’échec sont :

  1. Des légumes qui émergent de la saumure. L’exposition à l’air est suffisante pour créer des moisissures en quelques jours. Vérifiez chaque jour les 3 premiers jours que tout est bien submergé.
  2. Un manque de sel ou un sel iodé. L’iode est un antibactérien — il tue aussi les bactéries lactiques. J’ai fait cette erreur une fois avec du sel de table classique. Passez au sel de mer gris ou au sel de Guérande.

Sur les arômes : une bonne fermentation sent l’acide et le légume. Une fermentation ratée sent le putride ou la pourriture. La différence est nette — vous ne douterez pas.

Sur la conservation globale, si vous voulez diversifier au-delà de la fermentation, le séchage des légumes et fruits est une méthode complémentaire intéressante pour les récoltes d’été, et le fumage artisanal fonctionne bien pour les protéines.

Combien de temps garder les lactofermentés ?

C’est la question qu’on me pose le plus souvent. La bonne réponse est : beaucoup plus longtemps que vous ne le pensez.

Au réfrigérateur, entre 2 °C et 6 °C, un bocal de choucroute ou de betteraves lactofermentées se garde facilement 6 à 12 mois. Le kimchi est un peu plus fragile à cause des aromates — comptez 3 à 6 mois avant qu’il ne devienne très acidulé et fort. Ce n’est pas forcément mauvais : le kimchi vieilli se cuisine différemment (soupe, poêlée) mais est toujours comestible.

La lacto-fermentation est une méthode de conservation naturelle, et l’acide lactique produit est lui-même un conservateur. Tant que les légumes restent sous la saumure et que le bocal est au frais, la détérioration est très lente.

Quelques repères pratiques :

PréparationFermentation optimaleConservation au frais
Choucroute7 à 21 jours6 à 12 mois
Kimchi maison3 à 5 jours + frais3 à 6 mois
Betteraves lactofermentées14 à 21 jours4 à 6 mois

Une fois un bocal ouvert, consommez-le dans les 4 à 6 semaines. L’important est que les légumes restent immergés même après chaque prélèvement.

Questions fréquentes

Faut-il rincer les légumes lactofermentés avant de les manger ?

Non, surtout pas. Rincer détruirait une grande partie des bactéries lactiques vivantes qui font l’intérêt nutritionnel de ces préparations. Servez directement depuis le bocal, en laissant la saumure sur les légumes.

Peut-on lacto-fermenter des légumes du commerce, non bio ?

Oui, mais avec des résultats moins fiables. Les légumes traités aux pesticides ont moins de bactéries lactiques naturelles en surface, ce qui ralentit le démarrage de la fermentation. Rincez-les à l’eau claire (pas avec du savon ou du vinaigre), séchez-les, et ajoutez 10 % de sel supplémentaire pour compenser. Une feuille de chou bio mise en surface peut aussi apporter les bactéries manquantes.

La fermentation sent mauvais les premiers jours — est-ce normal ?

Une odeur forte et légèrement sulfureuse les 2 à 4 premiers jours est normale, surtout pour le chou. C’est le chou lui-même qui libère des composés soufrés à la dégradation. Après cette phase initiale, l’odeur devient acidulée et agréable. Si l’odeur reste putride au-delà d’une semaine, c’est un signe de contamination.

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Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.