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Vie quotidienne · · 8 min de lecture

Bilan zéro déchet à la campagne : ce qu'on a réussi, ce qu'on n'a pas réussi

Notre bilan zéro déchet à la campagne après un an : les vraies réussites et les échecs honnêtes. Compost, bocaux et poules vs voiture et livraisons.

Composteur en bois et bocaux de conserves dans le potager d'une ferme bretonne, démarche zéro déchet

Bilan zéro déchet à la campagne : ce qu’on a réussi, ce qu’on n’a pas réussi

On a passé un an à essayer de réduire nos déchets à Lezavarn. Pas à atteindre le zéro — l’objectif n’a jamais été le bocal en verre Instagram rempli d’une année de déchets. L’objectif, c’était de produire moins, de comprendre où ça coince, et d’avancer sans se mentir. Ce bilan zéro déchet campagne, c’est le résultat : les victoires concrètes, les échecs franchement assumés, et ce que le fait de vivre à la campagne change — dans les deux sens.

Notre point de départ : combien on produisait vraiment

En France, une personne produit en moyenne 225 kg d’ordures ménagères résiduelles par an — soit à peu près deux sacs poubelle par semaine. À deux, ça faisait environ 450 kg à gérer, hors recyclage.

On ne s’était jamais pesé. C’est la première chose qu’on a faite en janvier : sortir la balance, commencer à noter. Le premier mois : 18 kg pour deux personnes. Soit 108 kg sur l’année si on ne changeait rien. En dessous de la moyenne nationale, déjà, parce qu’on compostait depuis l’installation à Lezavarn et qu’on avait réduit la viande emballée depuis quelques années. Mais loin d’un résultat dont on pouvait être fiers.

Le tri sélectif n’était pas comptabilisé dans ce total — on recyclait correctement le papier, le verre et le plastique, mais on sait que le recyclage effectif des plastiques reste limité. Les faire disparaître de la poubelle jaune ne les fait pas disparaître du système.

Les vraies réussites de ce bilan zéro déchet à la campagne

Le compost : notre plus grosse victoire

Ça fait trois ans qu’on composte, mais cette année on a été plus rigoureux. Un composteur en bois fait par Yann, bien aéré, mélangé régulièrement. Résultat : presque tout ce qui est organique sort du circuit déchet. Épluchures, restes de repas, marc de café, herbe tondue, fanes de légumes du potager. On estime entre 8 et 10 kg par mois détournés de la poubelle.

Ce qui a changé cette année : on a arrêté d’hésiter sur les “déchets douteux”. Les coquilles d’huîtres partent au jardin comme amendement calcaire. Les restes de fromage, même moisi, vont au compost (les champignons s’en chargent). Le pain rassis finit chez les poules ou en chapelure.

Les poules : le meilleur valorisateur de restes alimentaires

On a trois poules depuis l’été 2023. Elles règlent le problème des restes de table que le compost accepte mal — viandes froides, pâtes cuites, légumes cuits en bouillie. Rien ne part à la poubelle s’il y a quelque chose de comestible dedans.

Trois poules brunes en liberté dans le potager de Lezavarn, composteur en bois et mur en granit en arrière-plan

Ce n’est pas du zéro déchet au sens militant du terme, mais c’est du bon sens paysan : transformer un résidu en protéines animales plutôt que l’enfouir. En retour, on a des œufs frais et du fumier pour le potager.

Les bocaux et les conserves : moins d’emballages industriels

L’an dernier on a mis en bocaux plus de 40 kg de légumes du jardin — tomates, haricots, courgettes, cornichons, purées. Chaque bocal réutilisé, c’est une boîte de conserve ou un emballage plastique qui ne rentre pas à la maison. Le calcul est approximatif mais l’effet est réel : notre poubelle jaune de recyclage plastique a clairement diminué entre juin et octobre.

Le passage au jardinage sans produits chimiques a aussi réduit les déchets chimiques — plus de bidons de désherbant, plus de granulés empoisonnés dans les angles.

Ce qui n’a pas marché — sans romantisme

La voiture : notre angle mort le plus embarrassant

C’est l’éléphant dans la pièce de tout bilan zéro déchet rural. La voiture, on ne peut pas s’en passer. On en avait parlé dans notre expérience d’une semaine sans voiture — c’est faisable ponctuellement, mais pas structurellement à Lezavarn.

Résultat : on produit des pneus usés, de l’huile de vidange à déposer en déchetterie, des filtres à air, des plaquettes de frein. Des déchets qu’on ne peut pas éviter, qui ne rentrent dans aucun bocal verre, et qu’on a longtemps ignorés dans nos bilans parce que “ce n’est pas de la poubelle ménagère”. Pourtant, c’est notre déchet le plus lourd de l’année en volume.

Les emballages impossibles à éviter en campagne

On rêverait d’acheter tout en vrac à 5 km. La réalité : le magasin bio avec vrac le plus proche est à 20 minutes de route. On y va une fois par semaine au mieux, et pour les produits courants — farine, huile, riz. Le reste, c’est la grande surface du bourg : plastique, carton, film alimentaire.

On a essayé les courses en ligne bio avec livraison. Résultat mitigé : les produits sont bons, mais les colis génèrent du papier bullé, du carton renforcé et des packs glaciaires en plastique qu’on n’arrive pas à recycler correctement. On a arrêté au bout de trois mois.

Le matériel de rénovation et de jardin

C’est la partie qu’on n’avait pas anticipée. Cette année on a refait une partie du sol de la cuisine : sacs de ciment, bidons d’huile de lin, emballages de carrelage, papier kraft de protection. Chaque chantier génère une quantité de déchets que le mode de vie “zéro déchet au quotidien” n’absorbe pas.

Même chose pour le jardin : les tuteurs en plastique qu’on n’a pas remplacés, la ficelle synthétique, les grilles de protection anti-lapins. Des achats utiles, des déchets inévitables à terme.

Ce que la vie à la campagne change, dans les deux sens

L’idée reçue, c’est que la campagne c’est bon pour le zéro déchet : on composte, on a de la place, on est proche de la nature. C’est vrai pour une partie.

L’autre partie, moins souvent dite : la campagne, c’est aussi la voiture obligatoire, c’est la déchetterie à 12 km qu’on fait deux fois par an avec un chargement de gravats et de ferraille, c’est Amazon parce que le quincaillier du coin ne stock pas tout. C’est parfois plus simple d’acheter un outil neuf livré le lendemain que de trouver l’équivalent d’occasion à 40 km de route.

La première ruche qu’on a installée nous a aussi appris quelque chose : les apiculteurs génèrent peu de déchets parce qu’ils réparent, récupèrent, réutilisent par tradition — pas par idéologie. C’est une logique paysanne que la campagne préserve mieux que la ville, et qu’on essaie d’appliquer partout où on peut.

Ce qu’on change pour progresser l’an prochain

On ne va pas prétendre faire le zéro. Voilà ce qu’on a décidé concrètement :

  • Remplacer les tuteurs plastique par du noisetier taillé sur place — on en a assez dans la haie
  • Arrêter les livraisons en carton pour tout ce qu’on peut trouver localement, même si c’est moins pratique
  • Réparer plutôt qu’acheter : on a un établi, on a les outils, on a le temps
  • Acheter les semences en vrac ou en ligne dans des sachets papier uniquement
  • Peser nos déchets tous les mois — si on ne mesure pas, on se raconte des histoires

Ce qui ne changera pas : la voiture. On ne va pas déménager en ville pour réduire notre empreinte carbone. Mais on va grouper les trajets encore plus strictement, et on va enfin passer à la vidange maison pour limiter les déchets liquides à déposer.

Ce qu’on retient de ce bilan zéro déchet maison

Un an de bilan zéro déchet à la campagne nous a surtout appris à regarder en face ce qu’on produit — y compris ce qu’on avait envie d’ignorer. Le compost est une réussite solide. Les bocaux, les poules, l’arrêt des produits chimiques au jardin : autant de gestes qui ont vraiment réduit notre impact.

Mais le vrai bilan zéro déchet rural, c’est aussi accepter qu’on ne peut pas tout résoudre par les gestes du quotidien. La voiture, les chantiers, la géographie : il y a des contraintes structurelles que la bonne volonté ne suffit pas à effacer. Ce qu’on peut faire, c’est les nommer honnêtement, et chercher à les réduire là où c’est possible — sans se punir de celles qu’on ne peut pas changer.

M

Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.