Trier ses déchets à la campagne : compost, recyclerie, et ce qu'on n'a pas encore résolu
Trier ses déchets à la campagne quand la collecte est limitée ? Compost, recyclerie du Finistère, films plastiques : notre gestion réelle à Lezavarn.
Quand on s’imaginait la vie à la campagne, avant 2019, on s’était dit que le problème des déchets serait simple. Jardin pour composter, espace pour tout réduire, loin des poubelles d’immeuble entassées sur le trottoir. La réalité du tri déchets à la campagne, c’est plus nuancé. Certaines choses ont vraiment changé — en mieux. D’autres résistent.
Voilà notre bilan honnête à Lezavarn, entre ce qui fonctionne et ce qui nous agace encore.
Ce qu’on génère vraiment comme déchets
Avant d’arriver ici, on produisait, Yann et moi, un sac poubelle noir par semaine à Rennes. Appartement en ville, courses faites au supermarché, peu de cuisine faite maison. Un flux de déchets assez ordinaire pour deux adultes sans jardin.
Aujourd’hui, on sort un sac tous les dix à quatorze jours. Pour deux personnes. Ce n’est pas le zéro déchet des blogs de lifestyle — on n’y est pas, et on ne prétend pas y être. Mais la réduction est réelle, et elle tient à trois choses : le compost, le poulailler, et la recyclerie.
En pratique, nos déchets se répartissent en quatre flux. La matière organique part au compost ou aux bêtes. Les emballages recyclables vont dans le bac jaune. Ce qui peut avoir une seconde vie finit à la ressourcerie. Et ce qui reste — le vrai résidu — part à la déchetterie ou dans le sac noir.
C’est ce dernier flux qu’on essaie de comprimer. Avec des succès inégaux.
Le compost, notre premier réflexe depuis 2020
On a commencé à composter l’été de notre première vraie saison de potager, soit à l’été 2020. Au début, un bac en plastique noir acheté en déchetterie pour 15 euros, récupéré d’une opération de la communauté de communes. Il tient toujours. On en a ajouté un deuxième depuis — une structure en palettes que Yann a montée un samedi de novembre, plus grande, pour recevoir les tontes et les tiges en fin de saison.
Les deux fonctionnent en parallèle : un composteur dit “actif” où on ajoute chaque jour, et un composteur en phase de maturation qu’on n’ouvre plus pendant six à huit mois. Le compost de Lezavarn est argilo-limoneux de base — il a tendance à rester trop dense si on n’aère pas régulièrement. On le retourne une fois par mois avec une fourche. Pas plus.
Ce qui entre dans notre bac actif
Toutes les épluchures de légumes et de fruits, les marc de café avec leur filtre papier, les coquilles d’œufs écrasées, les fanes de carottes, les tiges d’herbes aromatiques fanées. Les sachets de thé en papier (pas ceux avec une enveloppe synthétique — on a appris à vérifier). Les essuie-tout usagés, le carton d’emballage déchiré en petits morceaux.
En termes de jardin : les tontes de gazon en couches fines, les feuilles mortes de l’automne, les restes de semis raté, les parties aériennes de légumes en fin de cycle. Le rapport matière verte / matière sèche, ça s’apprend vite par l’odeur. Quand ça sent mauvais, il n’y a pas assez de matière sèche.
Ce qu’on n’y met plus
Les agrumes en grande quantité ralentissent la décomposition — on en met un peu, pas plus. Les restes de viande et de poisson sont exclus, pas pour des raisons idéologiques mais parce que ça attire les fouines et qu’on en a déjà eu assez dans la cour. Les aliments cuits, les matières grasses, les produits laitiers : même chose.
La première erreur qu’on a faite, c’était d’y mettre du papier journal en grande quantité. Ça ralentit tout et forme des couches imperméables. On s’en tient maintenant au carton brun, déchiré et mouillé.
Les bêtes, nos alliées du tri avant le compost
Le détail qui change beaucoup la comptabilité des biodéchets, c’est que nos animaux mangent une bonne partie des restes avant qu’ils n’atteignent le composteur. Les trois poules absorbent les restes de cuisson — légumes cuits, pain rassis, pâtes, riz. Pas la viande, pas le poisson, mais tout ce qui est végétal et cuit passe sans problème. Elles mangent aussi les tomates abîmées du potager, les laitues montées en graine, les insectes déterrés au retourner la terre.
Si vous hésitez sur l’opportunité de vous lancer dans l’élevage de poules pondeuses en débutant, la gestion des biodéchets est l’un des premiers arguments concrets : elles réduisent significativement ce qui part au compost ou dans la poubelle.
Depuis qu’on a accueilli nos chèvres naines il y a quelques mois, la réduction s’accentue encore. Les épluchures de légumes qu’elles peuvent manger disparaissent en quelques secondes. La carotte non, la pomme de terre crue non plus — mais les restes de verdure du potager partent directement dans leur enclos.

Résultat pratique : le composteur reçoit surtout ce que ni les poules ni les chèvres ne peuvent absorber — épluchures d’agrumes, marc de café, fanes de légumes amers, litière souillée des lapins mélangée à de la paille. C’est un système qui s’est mis en place progressivement, sans planification particulière. On a simplement observé ce que les bêtes mangeaient et adapté nos habitudes.
Le bac jaune à la campagne : pas si simple
La collecte sélective passe chez nous une fois toutes les deux semaines. Ce n’est pas une plainte — c’est la réalité de la gestion des déchets maison rurale en Finistère, et ça reste honnêtement confortable comparé à des zones encore moins densément desservies.
Ce qu’accepte le bac jaune ici : les bouteilles et flacons plastiques (rigides), les boîtes de conserve et canettes, le carton et le papier, les briques alimentaires. Ce qu’il n’accepte pas — et c’est là que la gestion déchets campagne commence à coincer — c’est tout ce qui est plastique souple. Les films d’emballage, les sachets de surgélés, les opercules de yaourt, les barquettes en polystyrène, les blisters de médicaments, les sachets de chips, les films qui entourent les packs de bouteilles d’eau.
En zone rurale, on n’achète pas forcément plus de produits emballés qu’en ville — mais on n’a pas de bacs de collecte spécialisés pour les films plastiques à 200 mètres non plus. Le point de collecte le plus proche pour ce type de plastique est dans une grande surface à 22 kilomètres. On y va en voiture pour d’autres raisons — mais programmer un trajet exprès pour des sachets en plastique, l’équation carbone est douteuse.
Ce que ça donne dans la pratique : un sac spécifique dans notre cellier pour les emballages non recyclables. On le vide à la déchetterie lors de nos passages trimestriels. Ce n’est pas satisfaisant, mais c’est honnête.
La recyclerie : notre meilleure découverte pour le reste
La ressourcerie ou recyclerie, c’est quelque chose qu’on connaissait de nom à Rennes sans vraiment y aller. On en a découvert une à une trentaine de kilomètres de Lezavarn dans notre première année ici, et c’est devenu un réflexe que je n’aurais pas prévu.
Le principe est différent de la déchetterie : on n’y dépose pas pour éliminer, on y dépose pour que des objets trouvent une seconde vie. Une association les reçoit, trie, répare si possible, et revend à bas prix. Ce qui ne peut pas être valorisé part en filière de recyclage ou, en dernier recours, au broyage. Mais l’objectif premier, c’est le réemploi.
Ce qu’on y apporte typiquement : des outils à main dont on a fait l’acquisition en arrivant et qui se sont avérés redondants, des ustensiles de cuisine doublons, des vêtements, des livres, des petits électroménagers encore fonctionnels. En deux ans, on y a amené l’équivalent de deux chargements de coffre de voiture. Ce n’est pas vertigineux, mais ce sont autant d’objets qui ne sont pas partis en déchetterie.
La face cachée de la recyclerie, c’est qu’on y achète aussi. Une poêle en fonte pour 4 euros, une grande bassine émaillée pour la mise en bocaux trouvée à 2 euros, des outils de jardin en bon état. On raisonne maintenant en double sens : avant d’acheter quelque chose de neuf, on vérifie si la recyclerie l’a. Avant de jeter, on vérifie si elle l’accepte.
On planifie ces allers-retours en les couplant à d’autres courses dans le bourg — c’est le genre d’organisation dont on parle dans notre rythme quotidien à la ferme, où chaque trajet en voiture est pensé pour regrouper plusieurs besoins.
Ce qui résiste encore : le plastique souple et le tout-venant
On ne va pas s’arrêter sur les victoires sans nommer ce qui coince. Le compostage rural en Bretagne, ça résout les biodéchets. La recyclerie, ça résout les objets. Le bac jaune, ça résout les emballages rigides et le carton. Mais il reste un angle mort important : tout ce qui est plastique souple et emballages composites.
Les films plastiques de protection autour des fromages. Les sachets en plastique des légumes en supermarché (oui, on achète encore des légumes en grande surface quand le potager ne suffit pas). Les emballages multi-matériaux des yaourts à boire, les bouchons de brique, les étuis en carton plastifié. En France, la filière de recyclage pour ces matériaux n’est pas généralisée. La loi AGEC a obligé le tri à la source des biodéchets depuis janvier 2024, mais les films plastiques restent en grande partie non collectés dans les zones rurales.
On a essayé de réduire les achats de produits suremballés — avec un succès partiel. Les courses en vrac, ça fonctionne quand on est en ville. À la campagne, ça demande une organisation spécifique que qu’on n’a pas encore tout à fait mise en place. Le marché du jeudi à 12 kilomètres, les producteurs directs qu’on connaît peu à peu — c’est en cours, mais pas terminé.
La déchetterie, on y va deux à trois fois par an. Dix-huit kilomètres aller. On y apporte le tout-venant (les déchets qui ne rentrent dans aucune autre catégorie), les ferrailles de chantier depuis la rénovation en granit, les déchets végétaux en excès quand le compost est plein à l’automne. On y laisse aussi les piles, les ampoules, les médicaments périmés — les filières existent, encore faut-il se souvenir de les utiliser.
Notre bilan actuel : un sac toutes les deux semaines
Si on fait la comptabilité globale : le sac d’ordures ménagères part à la collecte environ une fois toutes les dix à quatorze jours, pour deux adultes. C’est notre unité de mesure la plus parlante. Avant, à Rennes : un sac par semaine, parfois deux. La réduction vient de la combinaison de plusieurs petites choses, pas d’un grand changement de mode de vie.
Ce qui reste dans ce sac noir : les emballages plastiques souples, les restes alimentaires que ni les bêtes ni le compost n’absorbent (rares), les emballages composites, les déchets du quotidien — coton démaquillant, pansements, ce genre de choses. On n’a pas résolu tout ça. On a juste comprimé les autres flux au maximum.
Ce dont on est satisfaits : le compost fonctionne, il nourrit le potager depuis maintenant deux saisons avec un compost mature de qualité. La recyclerie fait partie de nos habitudes. Le bac jaune est utilisé correctement — on a pris le temps de vérifier les consignes de tri de la communauté de communes, parce qu’elles changent selon les territoires et qu’on s’était trompés sur certains emballages pendant des mois.
Ce qu’on voudrait améliorer : mieux gérer les films plastiques (tester les bornes de collecte en grande surface même si c’est moins pratique), augmenter la proportion de courses sans emballage, et éventuellement démarrer un lombricomposteur pour les restes de cuisine que les bêtes ne mangent pas en hiver.
Le zéro déchet à la campagne, on n’y est pas. La gestion déchets campagne honnête, c’est ça : plusieurs flux organisés, quelques points de friction non résolus, et des progrès progressifs plutôt qu’une transformation radicale.
Questions fréquentes sur le tri des déchets à la campagne
Faut-il un bac en plastique ou un composteur ouvert à la campagne ?
Les deux fonctionnent. Le bac en plastique fermé est plus adapté aux petits espaces et aux zones où les rongeurs posent problème. Le composteur en palettes ou en grillage ouvert permet de traiter de plus grands volumes — indispensable si vous avez un potager et un jardin. À Lezavarn, on utilise les deux en parallèle pour des raisons de volume. L’essentiel n’est pas le contenant, c’est le rapport matière verte/matière sèche et l’aération régulière.
Peut-on composter quand on a des animaux dans le jardin ?
Oui, et c’est même une combinaison très efficace. Les poules, les lapins et les chèvres interceptent une partie des biodéchets avant qu’ils n’atteignent le composteur, ce qui réduit le volume à gérer. La litière des animaux (paille, copeaux) constitue une excellente matière sèche pour le compost. Le seul point de vigilance : éviter les déchets de viande ou de poisson dans les zones accessibles aux animaux, non par risque sanitaire pour le compost, mais pour éviter d’attirer des prédateurs nocturnes.
Où trouver une recyclerie en Finistère ?
Le Finistère compte environ quinze ressourceries, réparties sur le département. Certaines sont généralistes, d’autres spécialisées (matériel de bricolage, vêtements, mobilier). Le site de la communauté de communes ou du syndicat de collecte des déchets (Valorizon, SMITOM-LOMBRIC, Quimperlé Communauté selon votre secteur) liste les structures actives avec leurs horaires. Il vaut mieux appeler avant d’y apporter de gros volumes, certaines ressourceries font des collectes à domicile sur demande pour le mobilier encombrant.
Maëlle
Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.


