Budget réel pour vivre à la campagne en Bretagne : nos comptes après 7 ans
Coût de vie à la campagne en Bretagne : nos chiffres réels après 7 ans. Logement, transport, chauffage, alimentation, tout ce qu'on n'avait pas anticipé.
Budget réel pour vivre à la campagne en Bretagne : nos comptes après 7 ans
En 2019, on a signé l’acte de vente d’une longère dans le Finistère avec une conviction assez floue : la campagne coûte moins cher que Rennes. Sept ans plus tard, je peux dire que c’est vrai, mais beaucoup plus compliqué que cette phrase ne le laisse entendre. Le coût de vie à la campagne en Bretagne ne se résume pas à une comparaison de loyers. On a eu des bonnes surprises, de vraies mauvaises surprises, et quelques postes qu’on n’avait tout simplement pas imaginés. Voici nos chiffres réels.
Ce qu’on avait mal anticipé avant de quitter Rennes
Notre raisonnement de départ était simple : notre future mensualité de prêt immobilier allait être inférieure à notre loyer rennais. 750 euros de crédit pour la longère contre 860 euros pour un deux-pièces en centre-ville. Gain net, non ?
Ce qu’on n’avait pas mis dans la colonne, c’est le reste. Le transport. Le chauffage d’une maison en granit quasi non isolée. L’entretien d’un terrain de 4 000 m² et d’une bâtisse de 120 ans. On partait avec un budget simple et on a découvert un budget complexe.
La première année a été financièrement la plus dure. Non pas qu’on se soit appauvris, mais on a dépensé davantage que prévu sur plusieurs postes pendant qu’on installait notre mode de vie. C’est quelque chose que j’aurais voulu lire dans un témoignage avant de signer.
Le logement : l’avantage indiscutable, mais nuancé
On a acheté la longère 168 000 euros en 2019, ce qui était un prix correct pour le secteur entre Landerneau et la mer. Avec 20 % d’apport, notre mensualité de crédit tourne à 720 euros sur 20 ans. À Rennes, on payait 860 euros pour 58 m² en location. Sur le papier, 140 euros d’économie mensuelle.
En pratique, il faut ajouter :
- Taxe foncière : 1 080 euros par an, soit 90 euros par mois
- Assurance multirisque habitation (maison + dépendances + terrain) : 96 euros par mois
- Entretien courant (serrures, tuyaux, toiture…) : en moyenne 80 euros par mois sur 7 ans
Total logement réel : environ 986 euros par mois, contre 900 euros à Rennes (loyer + assurance locataire). On est quasiment à l’équilibre, mais on habite une maison de 120 m² avec 4 000 m² de terrain au lieu d’un appartement de 58 m². La comparaison est difficile à faire sur le seul plan financier.
Le transport : la vraie mauvaise surprise
C’est le poste qui nous a le plus déconcertés. À Rennes, on avait une seule voiture et on s’en servait peu. Bus, vélo, courses à pied : on dépensait peut-être 180 euros par mois entre l’assurance, l’essence et l’entretien du véhicule.
À Lezavarn, on a deux voitures. C’est obligatoire. Yann part sur ses chantiers avec la camionnette, je pars avec la voiture pour les courses ou les rendez-vous quand le télétravail ne suffit pas. Les distances ne sont pas folles, mais elles s’accumulent : 12 km pour le supermarché, 25 km pour Landerneau, 50 km pour Brest.
Notre budget transport actuel :
- Essence pour les deux véhicules : 210 euros par mois en moyenne
- Assurances (utilitaire + voiture) : 130 euros par mois
- Entretien et réparations (routes rurales, kilométrage plus élevé) : 60 euros par mois
Total : environ 400 euros par mois contre 180 euros à Rennes. Ce delta de 220 euros par mois est le poste le plus surprenant du budget vie rurale breton, et c’est celui qu’on entend le moins souvent cité dans les discussions sur l’installation à la campagne.
La seule économie sur ce poste : zéro parking payant, zéro zone à faibles émissions, zéro abonnement de transports en commun.
Chauffage et énergie dans la longère en granit
Le premier hiver a été un choc. La longère était peu isolée (combles perdus, fenêtres d’origine, murs épais mais humides). On chauffait au fioul avec la chaudière existante : 1 780 euros pour la saison. Intenable.
On a progressivement travaillé l’isolation (combles, puis vide sanitaire), et on a installé un poêle à bois que Yann a intégré à la cuisine. Si vous voulez le détail de ce chantier, j’en ai parlé dans l’article sur l’isolation thermique de la longère pour les hivers finistériens.
Aujourd’hui, notre budget chauffage ressemble à ça :
- 7 stères de bois sec par hiver, à 65 euros le stère livré : 455 euros
- Fioul en appoint pour les vagues de froid les plus courtes : 150-200 euros
- Total chauffage : 610-650 euros par an
C’est deux fois moins que le fioul seul en 2019. Il nous a fallu deux ans de travaux et d’ajustements pour y arriver, mais le bilan est clairement positif. L’électricité n’a pas beaucoup changé par rapport à Rennes.

L’alimentation : le seul poste vraiment en notre faveur dès l’année 3
Le potager n’a pas été rentable tout de suite. La première année, on achetait encore quasiment tout. La deuxième, on produisait quelque chose mais on jetait autant qu’on récoltait par manque d’expérience. L’année 3, le système a commencé à tourner.
Aujourd’hui, notre potager couvre l’essentiel des légumes de mai à novembre : tomates, courgettes, haricots, poireaux, carottes, salades. On fait des conserves pour tenir l’hiver. Les 3 poules donnent entre 12 et 18 oeufs par semaine selon la saison. Les lapins fournissent quelques repas par mois.
Estimation de ce qu’on économise sur l’alimentation par rapport à nos habitudes rennaises :
- Légumes du potager (valeur en grande surface) : 120-160 euros par mois en saison
- Oeufs et viande lapins : 25-30 euros par mois
- Conserves maison (tomates, haricots, confitures) : équivalent 40-50 euros par mois en hiver
Total estimé : 180-240 euros d’économie mensuelle sur l’alimentation. Notre budget courses actuels tourne autour de 290 euros par mois pour deux personnes contre 430 euros à Rennes, soit 140 euros d’économie réelle après déduction des coûts du jardin (graines, terre, matériel). Pour l’organisation pratique autour de la basse-cour et des animaux, j’en ai écrit un article séparé.
Le bilan global : est-ce vraiment moins cher ?
Voici le tableau de bord de notre budget vie rurale en Bretagne, comparaison honnête avec ce qu’on dépensait à Rennes :
| Poste | Rennes (2019) | Lezavarn actuel |
|---|---|---|
| Logement (crédit/loyer + charges) | 900 euros | 986 euros |
| Transport | 180 euros | 400 euros |
| Alimentation | 430 euros | 290 euros |
| Chauffage | 60 euros | 54 euros |
| Internet | 25 euros | 42 euros |
| Total mensuel estimé | 1 595 euros | 1 772 euros |
Oui, on dépense un peu plus qu’à Rennes, malgré la réputation de la campagne moins chère. Mais la comparaison ne tient pas compte de ce qu’on a en face : une maison de 120 m² avec jardin, des aliments de qualité qu’on produit soi-même, une absence quasi totale de dépenses impulsives liées à la vie urbaine (restaurants, sorties, vêtements).
Ce qu’on ne dépense plus : ni restaurants (trop loin pour une sortie spontanée), ni vêtements en excès, ni abonnements à des salles de sport ou des loisirs qu’on n’utiliserait de toute façon plus. J’estime cette économie implicite à 200-250 euros par mois, ce qui nous remet plutôt dans le positif. Sur ce sujet du rapport au temps et à la consommation, j’ai écrit une réflexion plus large dans l’article sur le slow living en Bretagne rurale.
La vérité, c’est que les 18 premiers mois ont coûté plus cher qu’à Rennes. Ensuite, le budget s’est stabilisé, puis est devenu légèrement favorable une fois le potager en rythme et l’isolation améliorée. Le budget de l’installation à la campagne en Finistère n’est pas que le prix d’achat : prévoir une réserve de 15 000 à 25 000 euros pour les deux premières années de travaux et d’ajustements, c’est réaliste.
Ce qu’on n’avait vraiment pas prévu
Internet. Le hameau de Lezavarn n’est pas fibré. On a une box 4G à 42 euros par mois. Le débit est acceptable pour le télétravail (15-20 Mb/s), mais on vit avec cette contrainte.
Les artisans. En Bretagne rurale, les bons artisans sont surchargés. On a attendu 4 mois pour un plombier, 3 mois pour un électricien. Et ils facturent 15 à 25 % plus cher que ce que j’espérais, en partie à cause des distances de déplacement. Prévoir un budget d’urgence plus large qu’en ville.
La taxe foncière. En achetant une grande propriété, on a découvert que la taxe foncière sur une longère avec terrain peut être plus élevée qu’un appartement en ville, proportionnellement à la valeur. On paie 1 080 euros par an, alors qu’on ne payait rien en location.
Ces trois points ne remettent pas en cause notre choix. Mais si quelqu’un me demande si “c’est vraiment moins cher à la campagne”, ma réponse franche est : ça dépend de vos habitudes et surtout de la période. Les deux premières années sont souvent plus coûteuses que prévu.
Questions fréquentes sur le coût de vie à la campagne en Bretagne
Combien faut-il gagner pour vivre confortablement à la campagne en Bretagne ?
Pour un couple avec une longère achetée autour de 150 000-200 000 euros, un budget de 2 500 euros nets mensuels est un minimum confortable. Il faut couvrir le crédit, deux voitures, le chauffage et les imprévus de maintenance. Le potager aide sur l’alimentation mais ne compense pas un budget trop serré en début d’installation.
Les charges sont-elles vraiment moins élevées qu’en ville ?
Pour le chauffage, oui, à terme, si vous investissez dans l’isolation et une source d’énergie locale (bois). Pour le reste, la campagne redistributive : moins cher en alimentation si vous jardinéez, plus cher en transport. L’équilibre global dépend fortement de votre mode de vie.
Peut-on s’installer à la campagne en Bretagne sans voiture ?
Pratiquement non, sauf à habiter dans un bourg avec quelques commerces. Dans un hameau comme le nôtre, sans voiture, les courses et les rendez-vous médicaux deviennent une logistique compliquée. C’est le poste sur lequel on a le moins de flexibilité.
Maëlle
Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.


