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Potager & verger · · 9 min de lecture

La récolte des pommes à cidre : de l'arbre à la cuve, notre première pressée

Notre première récolte de pommes à cidre en Bretagne : variétés choisies, pressage à façon et fermentation. Ce qu'on a raté, ce qu'on a gardé en Finistère.

Brouette pleine de pommes à cidre dans un vieux verger breton en automne, prêtes pour le pressage

La première fois qu’on a ramassé des pommes à cidre pour en faire quelque chose, c’était l’automne d’après notre première année à Lezavarn. On avait des pommiers sur le terrain depuis le début, une quinzaine d’arbres en désordre que personne n’avait vraiment taillés depuis longtemps. On ne savait pas encore quelles variétés c’étaient. On ne savait pas non plus si elles valaient le coup pour le cidre. Cette récolte de pommes à cidre et le pressage qui a suivi nous ont appris plus en six semaines que toutes les lectures faites avant.

Voilà ce qu’on a vécu, dans le détail, avec les erreurs et les surprises.

Les pommiers du terrain : un héritage qu’il a fallu apprendre à lire

Quand on a signé pour la longère, les pommiers faisaient partie du lot. On en a compté quinze, plantés à intervalles irréguliers dans la partie ouest du terrain. Certains avaient clairement soixante ou soixante-dix ans, avec des troncs tordus et une charpente laissée à elle-même. D’autres étaient plus jeunes, sans doute ajoutés par les propriétaires précédents.

La première question qu’on s’est posée, c’est : ces pommes, on en fait quoi ? Les voisins de 70 ans qui produisent la moitié de ce qu’ils mangent nous ont donné la réponse en deux phrases : “Tu presses, tu fermentes, tu bois.” Facile à dire.

On a commencé par identifier les variétés. Pas simple sans formation pomologique, mais on a eu de l’aide. Un agriculteur du coin qui fait du cidre depuis trente ans est passé un après-midi. Il a regardé les fruits sur les arbres, senti quelques pommes tombées, et nous a donné un premier tri : plusieurs pieds de Guillevic (douce-amère, la colonne vertébrale du cidre breton), deux ou trois arbres qu’il a identifiés comme proches de la Douce Moën, et quelques sujets doux sans amertume qu’il a appelés “des douces sucrées anonymes”. Pas idéal pour un cidre complexe, mais suffisant pour démarrer.

Ce qu’on a retenu de cette visite : le cidre breton se construit sur un équilibre entre les douces-amères, les amères et les acidulées. Si vous n’avez que des douces, vous obtenez un jus plat qui fermente mal et manque de caractère. La Guillevic seule peut déjà donner un bon cidre, mais un mélange de quatre ou cinq variétés complémentaires sera toujours plus intéressant.

Quand ramasser les pommes à cidre : le calendrier breton

On avait lu “mi-septembre à mi-novembre” partout. En pratique, dans le Finistère, entre Landerneau et la mer, c’est plus nuancé que ça.

Les premières pommes à cidre tombent dès fin août pour les variétés très précoces. Mais les ramasser à ce stade, c’est une erreur : elles sont encore aqueuses, pauvres en sucre, et leur jus fermenterait mal. La règle qu’on nous a donnée et qui s’est avérée fiable : une pomme mûre pour le cidre doit se détacher de l’arbre avec une légère torsion, sans forcer. Si vous devez tirer, attendez encore.

Pour nos Guillevic, la maturité cidricole est arrivée vers le 20 octobre. Les douces sucrées étaient prêtes une semaine avant. La Douce Moën a attendu jusqu’au début novembre.

On a ramassé en trois passages :

  • Mi-octobre : les tombées fraîches des variétés précoces (vérifier tous les deux jours, les laisser mûrir 3-4 jours sur un plancher aéré si elles sont encore un peu dures)
  • Fin octobre : la majorité de la récolte, le gros de la Guillevic
  • Début novembre : le dernier passage pour récupérer ce qui restait sur les arbres

Volume total : environ 800 kg de pommes. Pour notre première année, on ne s’y attendait pas. Ça représente beaucoup de main-d’oeuvre pour le tri, beaucoup d’espace de stockage temporaire, et une question pratique qu’on n’avait pas anticipée : comment on presse tout ça ?

La gestion du potager à cette période de l’année était déjà bien chargée, avec les dernières récoltes et les premières plantations d’hiver. Comme pour la gestion de l’eau au potager en automne breton, il faut apprendre à ne pas tout faire en même temps.

Le pressage à façon : notre choix pour une première récolte de pommes à cidre en Bretagne

800 kg de pommes, c’est trop pour un pressoir manuel de récupération et trop peu pour investir dans un matériel sérieux. On a cherché une solution intermédiaire.

La réponse est venue du même agriculteur : le pressage à façon. Il existe des prestataires, souvent des cidreries artisanales ou des fermes équipées, qui acceptent de presser vos pommes moyennant un forfait. On a trouvé un prestataire à une trentaine de kilomètres de Lezavarn. Tarif : environ 12 euros pour 100 kg de pommes amenées propres et triées, avec récupération du jus le jour même en cuves ou en bidons de 25 litres. On a ramené le jus chez nous le soir dans sept bidons.

Le processus chez eux était plus rapide et plus propre que ce qu’on imaginait faire à la main. Broyage des pommes, mise en masse avec un tissu pressoir, extraction hydraulique progressive. Le jus extrait ce jour-là : un peu trouble, d’un brun doré assez foncé pour les Guillevic, plus clair pour les douces. Goût sucré, tannique, avec une légère acidité.

Bidons de jus de pomme fraîchement pressé, trouble et doré, posés sur le sol d'un cellier en pierre breton

Ce qu’on n’avait pas prévu : les pommes doivent être propres et sans pourries. On avait fait un premier tri, mais pas assez rigoureux. Le prestataire a écarté environ 60 kg sur les 800 qu’on avait amenés (pommes abîmées, avec des plaques de moisissure). Leçon retenue pour l’année suivante : trier sur le plancher avant de charger la remorque, pas au dernier moment.

De la cuve à la bouteille : la fermentation du cidre maison

On est repartis de chez le prestataire avec environ 420 litres de jus (rendement réel : 58 litres pour 100 kg, un peu en dessous de la moyenne habituelle de 65-70 litres, sans doute à cause de la proportion élevée de Guillevic dont la chair est moins juteuse que les variétés douces).

Le jus va en fermentation naturelle, à froid, entre 12 et 14 degrés. Dans le Finistère en octobre-novembre, le cellier de la longère maintient naturellement cette température sans intervention. C’est un avantage réel du bâti ancien.

On a transféré le jus dans deux contenants inox récupérés (anciens seaux de restauration de 50 litres) et dans des bonbonnes de verre de 25 litres. Les cuves inox, c’est bien pour les grandes quantités ; les bonbonnes en verre permettent de suivre visuellement la fermentation.

Ce qu’on a observé

  • J+1 à J+3 : dégagement de CO2 visible, le jus mousse légèrement. La turbulence est l’indicateur que les levures indigènes (présentes naturellement sur la peau des pommes) travaillent.
  • J+7 à J+14 : la fermentation ralentit. Le jus commence à se clarifier par décantation naturelle. On tire au clair une première fois (siphon, pas de pompe) en abandonnant les lies au fond.
  • J+28 à J+35 : le cidre est fait. Goût sec à demi-sec selon les contenants. Densité mesurée à 1.010 avec un densimètre (on cherchait 1.010-1.015 pour un cidre demi-sec).

On a mis en bouteille progressivement, en trois fois. Certaines bouteilles ont refermenté en bouteille et ont été un peu pétillantes, d’autres moins. Le résultat n’était pas homogène, mais c’était notre premier essai.

Rendement final : environ 380 litres de cidre en bouteilles, après pertes aux transvasements et goûts. Soit un peu plus de 500 bouteilles de 75 cl. C’est beaucoup plus qu’on ne consomme en un an, mais une partie est partie en cadeaux et une partie a été ouverte trop tôt.

Pour replacer cette production dans le contexte de notre démarche d’autonomie alimentaire, on s’appuie aussi sur une réflexion plus large sur les associations de cultures au potager et sur ce que le terrain peut produire au fil des saisons.

Ce qu’on referait différemment dès la première récolte

Après deux ans de recul sur cette première vendange de cidre en Bretagne, voilà ce qu’on changerait :

Trier les pommes sérieusement avant de les stocker. On a stocké tout en vrac dans le cellier pendant une semaine avant de porter au pressage. Une pomme pourrie contamine les voisines. Au deuxième passage, on trie directement sur le sol au pied des arbres, en trois tas : bonnes, à consommer vite (trop mûres mais saines), à jeter.

Peser et noter la répartition par variété. On ne savait pas exactement ce qu’on mettait dans les bidons. C’est dommage parce que les différents contenants ont donné des cidres très différents, et on n’a pas pu reproduire ce qu’on avait préféré.

Prévoir un espace de fermentation dédié dès le départ. Les bonbonnes de 25 litres dans le cellier, c’est bien, mais on avait du passage et ça dérangeait. La fermentation du cidre maison demande un endroit calme et à température stable, entre 10 et 15 degrés, pendant quatre à six semaines. Le cellier de la longère est parfait pour ça si on le dégage un peu avant.

Ne pas ouvrir les bouteilles avant trois mois. On a été impatients. Les premières bouteilles ouvertes à J+45 étaient plates et un peu trop sucrées. Celles ouvertes à partir de J+90 étaient clairement meilleures.

Garder quelques bouteilles pour la deuxième année. Le cidre maison vieillit bien en cave fraîche. Nos meilleures bouteilles étaient celles de l’année précédente, ouvertes l’hiver suivant.

Pour se lancer dans la récolte de pommes à cidre en Bretagne : les points essentiels

Si vous avez des pommiers sur votre terrain et que vous voulez vous lancer dans une première pressée, voilà les points essentiels qu’on aurait aimé avoir en résumé avant de commencer :

Sur les variétés : si vous ne savez pas ce que vous avez sur votre terrain, faites identifier vos arbres avant la récolte. Un pépiniériste breton ou un réseau comme Croqueurs de Pommes peut vous aider. Les pommes à cidre bretonnes les plus courantes dans le Finistère sont les douces-amères (Guillevic, Douce Moen, Kermerrien) et quelques variétés acidulées complémentaires.

Sur le timing : la maturité cidricole est entre une et trois semaines après la maturité gustative. Une pomme que vous ne mangeriez plus parce qu’elle est trop mûre et farineuse est souvent idéale pour le cidre.

Sur le pressage : pour une première récolte entre 200 et 1 000 kg, le pressage à façon est la solution raisonnable. Comptez 10 à 15 euros pour 100 kg de pommes propres. Cherchez un prestataire local via les syndicats agricoles ou les cidreries artisanales de votre secteur.

Sur la fermentation : le cellier d’une maison ancienne bretonne est souvent parfaitement calibré en température pour la fermentation naturelle d’octobre à décembre. Pas besoin de matériel de régulation thermique pour un premier essai.

Pour aller plus loin sur l’organisation des productions au fil des saisons, notre article sur la rotation des cultures au potager sur quatre ans donne des repères utiles pour planifier l’ensemble du terrain, verger compris.

Cette première pressée n’était pas parfaite. Certaines bouteilles refermentaient de façon aléatoire, le cidre n’était pas homogène d’un contenant à l’autre, et on en a perdu une vingtaine à cause de bouchons mal posés. Mais on avait fait du cidre. Du cidre avec nos pommes, dans notre cellier, avec notre premier hiver breton. C’est un repère qu’on n’oublie pas.

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Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.