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Autonomie · · 7 min de lecture

Notre bilan carbone à la ferme : ce qui pèse vraiment dans la balance

Bilan carbone à la ferme rurale : transport, chauffage, potager... ce qui pèse vraiment. Retour honnête depuis Lezavarn, 7 ans après l'installation.

Longère en granit breton nichée entre de grands rochers de granit, toiture ardoise, voiture garée au premier plan, végétation dense autour

On a emménagé à Lezavarn en 2019 en se disant qu’on allait vivre plus sobrement. Un potager, des poules, du bois de chauffage au lieu du fioul : sur le papier, le bilan carbone était censé s’améliorer presque automatiquement. Trois ans plus tard, quand on a fait le calcul pour de vrai, on a déchanté sur certains postes. Et compris pourquoi la vie à la ferme rurale n’est pas aussi verte qu’elle en a l’air.

Le transport : le poste qu’on sous-estimait complètement

En appartement à Rennes, on marchait, on prenait le bus, on faisait les courses à vélo. À Lezavarn, le supermarché le plus proche est à 18 kilomètres. L’hôpital à 35. La salle de sport que Yann a abandonnée après six mois, à 22.

Le résultat concret : deux voitures, environ 14 000 km par an chacune. En comptant une émission moyenne de 130 grammes de CO2 par kilomètre, ça représente à peu près 3,6 tonnes de CO2 rien que pour les déplacements quotidiens. À deux en appartement, on faisait à peine 5 000 km par an au total, avec le métro et les vélos pour compléter.

Les données nationales confirment ce qu’on vit : les ménages ruraux émettent 62 % de plus en transport que les ménages urbains. Ce n’est pas un mythe. On a beau optimiser les courses, combiner les trajets, utiliser la voiture la plus récente : tant qu’il n’y a pas d’alternative au volant pour tout ce qui sort du hameau, ce poste reste le premier de notre bilan carbone à la ferme.

Le télétravail a changé une partie de l’équation pour moi. Mon trajet domicile-bureau est passé à zéro cinq jours sur sept. Yann, lui, part à son atelier à 8 km tous les matins. Ce n’est pas ce trajet qui fait la différence, c’est l’absence de transport en commun pour tout le reste.

Le chauffage : mieux qu’avant, pas encore là où on veut

La longère faisait tourner une chaudière fioul quand on l’a achetée. Première décision : la supprimer au profit d’un poêle à bois et d’un insert dans la cheminée principale. La chaudière brûlait environ 2 200 litres de fioul par hiver pour chauffer 120 m². Passer au bois local a divisé notre empreinte carbone sur ce poste par trois environ, en comptant le bois comme quasi neutre en carbone (cycle court si la forêt est gérée localement).

Le problème reste l’isolation. Les murs en granit de 60 cm ont une inertie thermique appréciable, mais l’isolation réelle est perfectible : les combles étaient insuffisamment traités à l’achat, le double vitrage s’est posé progressivement. L’hiver 2024-2025, on a brûlé 4 stères pour tenir à 18-19°C dans les pièces principales.

La statistique nationale dit que les ménages ruraux dépensent 85 % de CO2 supplémentaires pour le chauffage par rapport aux appartements urbains. Pour nous, l’écart s’est réduit depuis la transition au bois, mais on chauffe quand même une grande surface en pierre. Sur le projet solaire, on en est encore à la réflexion : les démarches pour installer des panneaux solaires prennent du temps, mais les chiffres de rentabilité commencent à être convaincants dans notre situation.

Ce que le potager compense, et ce qu’il ne compense pas

Là, les bonnes nouvelles. Avec 4 000 m² de terrain dont une bonne partie dédiée au potager depuis 2021, on produit la quasi-totalité de nos légumes de mai à novembre, et une partie en conserves pour l’hiver. Les 3 poules fournissent 5 à 6 oeufs par semaine en haute saison.

L’alimentation représente environ 25 % de l’empreinte carbone d’un Français moyen. Produire ses légumes soi-même réduit ce poste de façon significative, surtout si on remplace des produits transformés et importés (tomates du Maroc en hiver, haricots verts d’Égypte). Sur notre bilan, on estime économiser environ 0,4 à 0,6 tonne de CO2 par an sur l’alimentation végétale grâce au potager.

Ce que le jardin ne change pas : la viande, les produits laitiers, les céréales. Pour tout ça, on dépend encore des filières classiques. Et les emballages du supermarché lors des courses combinées ne disparaissent pas par magie.

Courges et potimarrons variés d'une récolte d'automne au potager, oranges, verts et bleu-gris, symbole de l'autonomie alimentaire qui réduit l'empreinte carbone

Les postes qu’on n’avait pas anticipés

Deux postes nous ont surpris quand on les a mis en chiffres.

Le premier : les achats en ligne. En ville, on allait dans les magasins. À Lezavarn, les sites de vente à distance ont largement remplacé les boutiques locales inexistantes. Chaque livraison représente un camion qui fait une boucle depuis un entrepôt souvent à 70-80 km. Un colis par semaine sur 52 semaines, c’est un chiffre qui s’accumule plus qu’on ne le pensait.

Le deuxième : l’eau. On a foré un puits pour être moins dépendants du réseau, mais la pompe tourne à l’électricité. La réglementation sur l’autonomie en eau potable impose aussi un système de traitement UV pour certains usages. Entre le pompage, le traitement et le filtrage, on a ajouté environ 400 kWh par an. Pas énorme, mais ce poste n’existait pas en appartement.

Et puis l’entretien de la propriété : tronçonneuse pour préparer le bois, tondeuse pour les 4 000 m², vieux tracteur emprunté au voisin deux fois par an pour retourner les parcelles du potager. Le matériel motorisé de campagne n’est pas neutre non plus.

Notre bilan net : une vérité sans filtre

Sur le transport, on émet clairement plus qu’en ville. Sur le chauffage, on est probablement comparable à une maison récente bien isolée en zone péri-urbaine, et bien mieux qu’une maison ancienne encore au fioul. Sur l’alimentation, on est probablement 20 à 25 % en dessous de la moyenne nationale grâce au potager.

La campagne n’est pas automatiquement plus écologique que la ville. C’est une réalité que les gens qui ont fait ce choix ne veulent pas toujours entendre, mais les chiffres le confirment depuis plusieurs années. Ce qui change avec l’empreinte carbone en zone rurale, c’est surtout la façon dont on se déplace, et dans quelle mesure on peut s’en passer.

Nos leviers prioritaires pour les années qui viennent : réduire les livraisons (grouper les commandes, acheter local), continuer l’isolation du bâti, et mieux calculer ce que représente vraiment le coût de l’autonomie électrique d’une maison rurale avant de prendre des décisions d’investissement.

Questions fréquentes sur le bilan carbone à la ferme

Vivre à la campagne est-il automatiquement plus écologique qu’en ville ?

Non, pas automatiquement. La campagne offre des avantages réels sur l’alimentation si on jardine, et sur l’espace de vie. Mais les transports représentent le premier poste d’émission des ménages, et ils sont structurellement plus lourds en zone rurale : la voiture est quasi obligatoire, et souvent au pluriel. L’Ademe estime que les ruraux émettent 62 % de plus en transport que les urbains. L’écart se réduit avec le télétravail, mais ne disparaît pas.

Comment calculer son bilan carbone maison ?

L’outil le plus accessible est le calculateur de l’Ademe (nosgestesclimates.fr). Il couvre les postes principaux : transport, logement, alimentation, consommation, services publics. Pour une maison rurale, les postes transport et chauffage méritent un soin particulier : entrez les km annuels réels par véhicule et le type de combustible de votre système de chauffage. Le résultat prend 20 minutes et donne une base de comparaison utile avec la moyenne nationale (environ 9 tonnes de CO2 par an et par Français).

Quels sont les meilleurs leviers pour réduire son empreinte carbone à la ferme ?

Par ordre de potentiel de réduction : les déplacements d’abord (covoiturage, regroupement de trajets, télétravail, remplacement par un véhicule électrique si on roule beaucoup) ; le chauffage ensuite (isolation des combles, remplacement du fioul par du bois local ou une pompe à chaleur) ; l’alimentation en troisième (potager, réduction de la viande rouge, achats en circuit court). Les livraisons de colis et le matériel de jardin font partie du bilan mais pèsent moins lourd que ces trois postes principaux.

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Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.