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Autonomie · · 7 min de lecture

Notre bilan annuel d'autonomie alimentaire : ce qu'on produit, ce qu'on achète encore

Bilan d'autonomie alimentaire annuel à Lezavarn : légumes, oeufs, conserves, ce qu'on achète encore. Couverture estimée à 20-25 %, chiffres à l'appui.

Bocaux de conserves maison alignés sur une étagère de cellier en granit, ferme de Lezavarn, Finistère

Faire un bilan d’autonomie alimentaire annuel, ça ressemble à de la comptabilité. Et c’est un peu ça. Chaque automne, je passe quelques heures à regarder ce qu’on a produit, ce qu’on a transformé, ce qu’on a acheté quand même. C’est le genre d’exercice qui évite de se raconter des histoires dans les deux sens : ni de surestimer ce qu’on fait, ni de se décourager parce qu’on n’a pas encore tout.

Voilà notre bilan à Lezavarn : les chiffres tels qu’ils sont, avec les lacunes.

Ce qu’on produit : poste par poste

Les légumes du potager, notre principal poste

Le potager, c’est là où on est les plus autonomes. Entre juin et octobre, on ne touche pratiquement pas aux légumes du commerce. Tomates, courgettes, haricots verts, betteraves, concombres, courges : ce qu’on consomme frais sur cette période vient quasi entièrement du terrain.

L’hiver, c’est une autre histoire. Le potager tourne au ralenti : quelques choux, des poireaux, de la mâche si on a bien semé en août. On compense avec les conserves de l’été, mais les légumes frais reviennent du marché de Landerneau de novembre à mars. On achète aussi des pommes de terre en vrac chez un agriculteur du coin : on en cultive, mais pas en quantité suffisante pour tenir huit mois.

Estimation de couverture sur l’année : autour de 55 à 60 % de nos besoins en légumes. C’est mieux que rien, loin du compte si on vise l’autosuffisance.

Les œufs des trois poules

Trois poules, c’est peu. En pleine ponte (de mars à septembre), on tourne entre 15 et 18 œufs par semaine, ce qui couvre largement nos besoins à deux. En hiver, la production chute. Les poules muent, les journées raccourcissent, et on se retrouve à acheter des œufs en décembre et janvier.

Sur l’année, on estime produire environ 70 % de nos œufs. C’est le poste où on est le mieux installé par rapport à la consommation réelle.

Les conserves et la transformation

C’est le travail de l’automne, et c’est une vraie différence par rapport aux premières années. On stérilise des bocaux de tomates pelées, de coulis, de ratatouille, de haricots verts. On congèle des courgettes en rondelles et du pistou. On fait des confitures avec les prunes du vieux prunier et les figues du mur sud.

Le cidre maison, lui, est arrivé progressivement : Yann s’en occupe depuis l’an dernier avec les pommes d’un verger voisin qu’on a le droit de ramasser. Une trentaine de litres cette année, ce qui nous tient jusqu’au printemps.

Ces réserves sont précieuses : elles évitent d’acheter des conserves industrielles d’octobre à mars et permettent de tenir sur les légumes même hors-saison. Mais elles demandent du temps, plusieurs week-ends de fin d’été.

Ce qu’on achète encore : notre liste sans euphémismes

Voilà les postes qui restent entièrement dépendants du commerce, et on ne cherche pas à le cacher :

Le pain. On ne fait pas notre pain. On a essayé, on a abandonné : la régularité d’une vraie fournée deux fois par semaine demande une organisation qu’on n’a pas trouvée. On achète chez la boulangerie de Landerneau, et c’est très bien ainsi.

Les laitages. Pas de chèvre, pas de vache à Lezavarn. Le lait, le beurre, le fromage, le yaourt : tout vient du commerce, en grande partie de producteurs locaux quand le marché est accessible le samedi. Ce poste représente une dépense significative et une dépendance totale.

La viande. On a quelques lapins, qui finissent parfois à la casserole. Mais ça reste occasionnel (deux ou trois fois dans l’année). Pour le reste, on achète. On a réduit notre consommation de viande depuis qu’on vit ici, moins par idéologie que parce qu’on mange davantage de légumes et qu’on a moins envie de viande quand les courges sont bonnes.

Les céréales et les légumineuses. Riz, pâtes, lentilles, pois chiches : achetés. On n’a ni la surface ni le matériel pour cultiver des céréales ou des légumineuses en quantité utile.

L’huile, le sucre, le café. Ces postes-là, on ne les remplace pas. On consomme moins de sucre raffiné depuis qu’on fait nos propres confitures, mais on ne l’a pas supprimé.

Bocaux de conserves maison et feuille de liste de courses sur une table de cuisine en pierre, bilan d'autonomie alimentaire annuel

Le bilan en chiffres : surface, temps, couverture estimée

Sur 4 000 m² de terrain, environ 300 m² sont consacrés au potager productif, plus quelques arbres fruitiers dispersés. C’est une surface raisonnable pour deux personnes, mais loin de ce qu’il faudrait pour viser l’autosuffisance complète.

En heures de travail, le potager représente entre 6 et 8 heures par semaine d’avril à octobre, puis beaucoup moins en hiver. Les conserves de fin d’été ajoutent une trentaine d’heures concentrées sur août-septembre. Le cidre, l’entretien du verger, les poules : encore une vingtaine d’heures sur l’année.

Si on essaie de résumer la couverture estimée de nos besoins alimentaires par ce qu’on produit :

PosteCouverture estimée
Légumes frais55-60 % sur l’année
Oeufs70 %
Conserves légumes40 % des conserves consommées
Cidre et jus de pomme80 %
Viande5-8 %
Laitages0 %
Céréales/pain0 %
Alimentation totale (calories)estimé 20-25 %

Ce dernier chiffre (20 à 25 % de nos apports caloriques) est l’honnêteté du bilan d’autosuffisance alimentaire. On produit beaucoup de légumes, mais les légumes, même en grande quantité, représentent peu de calories par rapport au pain, aux féculents, aux corps gras. Un bilan réaliste doit intégrer cette dimension.

Nos voisins, qui produisent la moitié de ce qu’ils consomment depuis quarante ans, nous l’avaient dit au début : “La moitié, c’est déjà énorme. La plupart des gens qui visent 100 % abandonnent dans les trois ans.” On commence à comprendre ce qu’ils voulaient dire.

Ce que l’autonomie alimentaire change vraiment dans notre quotidien

La première chose qui change, c’est le rapport à la saison. On mange ce qui pousse, quand ça pousse. En juillet, c’est courgette, tomate et concombre. En septembre, c’est courge et haricot. Ce rythme-là, on ne l’avait pas avant d’avoir un potager, et on ne s’imaginerait plus sans.

La deuxième chose, c’est la réduction des déchets. Les bocaux remplacent les boîtes. Les épluchures vont au compost. Les surplus de courgettes partent aux lapins ou aux voisins. Il reste moins d’emballages vides le jeudi soir.

La troisième chose, et c’est peut-être la plus concrète : la facture alimentaire. On n’a jamais fait de comparaison rigoureuse avant/après : on n’avait pas les données. Mais sur les mois de juillet à octobre, nos courses sont nettement plus légères. On achète huile, farine, produits secs, café, et c’est tout pour les repas du quotidien.

L’eau de pluie récupérée pour l’arrosage évite aussi d’avoir recours à l’eau de ville pendant les mois secs, ce qu’on a mis en place progressivement (on en parle en détail dans notre article sur l’usage de l’eau de pluie à la ferme). De même, le chauffage au bois, qu’on a structuré avec une gestion raisonnée de la coupe, participe à cette logique de réduction de dépendance aux énergies extérieures, tout ça documenté dans notre bilan sur le bois de chauffage.

Ce qu’on vise pour les prochaines saisons

On n’a pas d’objectif chiffré du type “atteindre 40 % d’autonomie alimentaire d’ici trois ans”. Ce genre de cible fait se sentir en échec quand la saison est mauvaise ou que le travail déborde.

Ce qu’on cherche à améliorer :

Élargir le potager d’hiver. C’est notre plus grand manque. Cresson, mâche, épinards, panais, topinambours : des cultures qui tiennent par -5°C et qui permettent de réduire les achats de légumes frais de janvier à mars.

Agrandir le poulailler. Avec cinq ou six poules au lieu de trois, on couvrirait probablement 90 % de nos besoins en œufs sur l’année, y compris en hiver.

Ajouter des légumineuses. Haricots à écosser, fèves, pois cassés séchés : c’est faisable sur notre surface, ça apporte des protéines, et c’est complémentaire de ce qu’on fait déjà. On n’a pas encore essayé sérieusement.

Structurer mieux la gestion de l’énergie. L’autoconsommation solaire, qu’on regarde sérieusement pour les prochaines années, pourrait changer la donne sur les postes chauffage et électricité (pas directement alimentaire, mais partie du même bilan d’autonomie global). On en a commencé l’analyse dans notre article sur l’énergie solaire à la ferme.

Ce bilan d’autonomie alimentaire annuel, on le refait chaque automne. C’est un peu humiliant parfois, voir que le pain vient toujours de la boulangerie sept ans après l’installation. C’est aussi rassurant : on n’est plus les mêmes jardiniers qu’en 2019, et les lacunes d’aujourd’hui sont plus claires que celles d’avant. Ce qui se mesure se travaille.

M

Maëlle

Installée dans le Finistère depuis 2019, je partage ici les joies (et les galères) d'une vie entre vieilles pierres et potager. Ancien monde, nouvelles racines.